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Accueil Galeries Point de mire › Turner et Venise: évolution d'une peinture paysagiste anglaise

 

 
 

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Point de mire

 

Il faut démarquer la grande vérité de la petite;
l'idée vaste et libérale de l'idée étriquée et étroite; celle qui parle à l'imagination de celle qui s'adresse à l'oeil.
J. M. W. Turner

 

 

 

 

 
     

Turner et Venise: évolution de la peinture paysagiste turnérienne

Turner a séjourné à trois reprises, à Venise pour une durée totale de 4 semaines. 

En 1819, en route pour Rome, pèlerinage obligé de tout artiste européen de cette époque, il ne fait qu'un bref arrêt à Venise, où il esquisse églises et lieux renommés de la cité aux abords de San Marco et du Canal Grande. Il reviendra deux autres fois, pour des séjours prolongés en 1833 et 1840.

Dans une perspective historique de la carrière de Turner, les trois voyages à Venise représentent des plaques tournantes dans l'évolution de son art paysagiste. Avant 1819,  la peinture de Turner est surtout anecdotique et descriptive, montrant souvent un monde antique aux couleurs chaudes et à la lumière tamisée où les éléments architecturaux présentent des lignes contour bien définies. Notons ses œuvres les plus connues: Didon construisant Carthage et son pendant Le déclin de l'Empire Carthaginois, ainsi qu'Hannibal et son armée traversant les Alpes.

L'Âge d'Or de la peinture de Turner débute en 1835, soit entre ses deux derniers voyages à Venise, où il parvient à dissoudre les formes à travers des masses de lumière chromatique vibrante et enveloppante. Les œuvres à retenir sont notamment Le Vaisseau de ligne: Le Téméraire, Tempête de neige: vapeur au large d'un port et, son plus célèbre tableau, Pluie, vapeur et vitesse.

J.M.W. Turner - Venise, du porche de la Madonna della Salute - 1835Entre 1819 et 1835, outre ses nombreuses aquarelles et huiles sur Venise, il y a eu l'œuvre phare Ulysse raillant Poly- phème (1829) qui caractérise cette période médiane de l'artiste par l'utilisation de couleurs brillantes et intenses qui diffusent de la lumière sur ses formes: de simples ombres jusqu'aux structures architecturales, passant par des formes topographiques marines, terrestres et atmosphériques. Il harmonise ainsi la tonalité de ses tableaux qu'en témoigne le tableau illustré ci-dessus - Venise, du porche de la Madonna della Salute (1835). La lumière et l'atmosphère qui imprègnent toute son œuvre révèlent avec intensité cette ville unique bâtie sur l'eau qu'est Venise. Le mouvement de l'eau, ses reflets et ses effets de lumière font parfaitement écho à la sensibilité de Turner.

J.M.W. Turner - Venise, du porche de la Madonna della Salute (détail) - 1835Mais, Turner fait entorse à la vérité.

Le Grand Canal est bien plus large qu'en réalité. De plus, Venise, ville encore assez pauvre en 1830, ne s'est pas encore relevée de l'occupation française de 1797. Or, ce n'est pas cette Venise-là que montre Turner. Il charge les vaisseaux vénitiens d'opulents tissus et de marchandises de luxeJ.M.W. Turner - Venise, du porche de la Madonna della Salute (détail) - 1835 qui rappellent les richesses qui sont à la source de la grandeur de la Sérénissime et, aussi, son goût du faste qui l'a conduite à sa perte.  

L'autre modification impor- tante concerne l'aspect visuel de Venise. En intensifiant l'éclat tonal des constructions qui bordent les canaux et en allongeant leurs reflets dans l'eau, Turner accentue la qualité aquatique de l'architecture vénitienne.

J.M.W. Turner - Venise, du porche de la Madonna della Salute (détail) - 1835Tracer la vie artistique de Turner par périodes et la faire coïncider chronologiquement avec ses trois visites à Venise rend sans doute plus accessible sa production artistique à la mémoire collective. Cela distord néanmoins la continuité de la pensée artistique turnérienne présente dès le début de sa carrière. Turner déclare vers 1810: Choisir, combiner, concentrer ce qui est beau dans la nature et admirable en art est autant la tâche du peintre de paysage dans son domaine que dans les autres domaines de l'art.

Outre les 35 huiles de Venise peintes par Turner entre 1833 et 1846, il lègue à sa mort dix cahiers de croquis contenant des centaines de vues de la Sérénissime ainsi qu'un important groupe d’aquarelles ayant comme sujet la cité vénitienne. ¢

 

 
 

 
Période I

 

J.M.W. Turner - Didon construisant Cathage - 1815
 

J.M.W. Turner - Le déclin de l'Empire carthaginois - 1817

 

J.M.W. Turner - Hannibal et son armée traversant les Alpes - 1812

 
Période II

 

J.M.W. Turner - Ulysse raillant Polyphème - 1829

 

Période III

 

J.M.W. Turner - Le Vaisseau de ligne: Le Téméraire -1838

 

J.M.W. Turner - Tempête de neige: vapeur au large d'un part - 1842

 

J.M.W. Turner - Pluie, vapeur et vitesse - 1844


ARTS EN BREF

Hippolyte Taine, critique littéraire, philosophe et historien français (1828-1893) écrit en 1871 à propos de la peinture de Turner : Sa peinture est devenue folle... (ses dernières oeuvres) sont un gâchis inextricable, une sorte d'écume fouettée, un fouillis extraordinaire où toutes les formes sont noyées. Mettez un  homme dans un brouillard, au milieu d'une tempête, avec le soleil dans les yeux et le vertige dans la tête, et transposez, si vous pouvez, son impression sur la toile... ¢

Michelle Lauzé - Petit pot - 2004

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