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Les
Madones, cette représentation de la Vierge Marie dans la Peinture
néo-platonique constitue à elle seule un chapitre important de
l'histoire de l'art. Trois figures marquantes de la Renaissance, nées
à la même époque - De Vinci
(1452-1519),
Michel-Ange (1475-1564) et
Raphaël (1482-1520) - ont été influencés par la
même pensée religieuse dominante de leur temps. Cependant,
selon leur esthétique propre, ce symbole de la maternité
originelle du Christianisme, de la pureté et du sacré, se métamorphose
à travers leur propos artistique.

Raphaël
- Obéissant à sa
sensibilité et conscient de la piété populaire face à ce symbole
social nouvellement acquis par ses contemporains, ses Madones sont
des femmes matérielles et spirituelles au visage empreint de
sentiments humains. Il s'agit d'une idéalisation immaculée d'une
féminité humaine.
L'amour
pour la femme et le respect que Raphaël lui témoigne se traduisent
en des êtres aux allures sereines, d'une intériorité équilibrée
et d'un doux bonheur. Ses Madones peuvent se comparer aux déesses de
la mythologie orientale: pureté juvénile, maturité
féminine et divinité dans la chair. Ce sont des êtres qui vivent
entre le ciel des anges et la terre des humains, où l'accessibilité à la chair n'est possible que par le regard. Les Madones
de Raphaël sont des femmes de chair divinisées à qui l'on peut tout
de même vouer
des sentiments d'amour
maternel, fraternel ou peut-être même conjugal.
De
Vinci -
Il est peu probable que De Vinci
soit un homme de foi selon la définition chrétienne de la Renaissance
italienne.
Chorus mysticus. –
Tout l’Éphémère n’est qu’un symbole;
L’Imparfait trouve ici son accomplissement;
L’Ineffable ici se réalise.
L’Éternel féminin nous attire en haut
Faust - 2e finale, Goethe
Bien que les Madones
de cet homme de sciences humanistes soient d'une beauté
charnelle féminine et que ses Scènes de la Sainte Famille se
comparent à celles du peintre des Stanze, ses femmes se
rapprochent plutôt des êtres divinisés hellénistiques, à la
fois tangibles, mais d'une nature impénétrable, ce qui les placent hors de la
portée des
mortels. L'énigmatique Mona Lisa, cette
gardienne de ce monde pastoral aurait très bien pu être un
personnage du monde kafkaïen, réel et surnaturel.
Les Madones de De Vinci sont à la fois des femmes charnelles et des anges déchus,
porteuses de mystères, appelant la divulgation, toujours prêtes à une
révélation imminente. Elles participent d'un Éternel féminin métaphysique.

Michel-Ange
-
La représentation des
Madones de Michel-Ange trahit le combat entre le tempérament
de l'homme et son sentiment éthique de l'artiste. Être de doute,
profondément inquiet, il est captivé par cette tentation
artistique pour la sensualité, mais il la refuse au profit du
culte de la pureté et de la piété.
Si
son art est fondamentalement influencé par le paganisme hellénique profane, son dévouement au
Christianisme lui interdit d'aborder une représentation de la Vierge
sous le jour d'une Madone
de charme, de souplesse et de sensualité à la Raphaël. Il ne peut non
plus la
représenter sous une dimension de mysticisme métaphysique, avec
grâce et mystère à la De Vinci. Michel-Ange n'a pas changé son esthétisme quand il élaborait
Marie ou les Prophètes de Sixtine. Sa préférence pour les corps masculins juvéniles se
traduit par des Madones aux
visages virilisés et aux corps sculpturaux.
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