Violence sur la glace
La saison de la chasse aux phoques débute aujourd’hui. Certains préfèrent probablement l’appeler la saison de la violence sur la glace. Sous peu, les Sir McCartney, vieille Dame Bardot et Cie de ce monde surgiront de nouveau à la télévision pour nous rappeler combien le Canada est une terre cruelle pour ces pauvres bêtes innocentes, ces Agnus Dei arctiques.

Au Québec, la violence sur la glace a un nom depuis une semaine : Roy - Père et fiston Jonathan. Ailleurs, il y a les tiraillements civils, politiques et religieux aux pieds de l’Himalaya. Quand des Tibétains protestent, se fâchent et pleurent. Certes, les vagues de compassion et d’indignation se mettent en branle à travers le monde. Quand un régime politique qualifié d’autoritarisme aux yeux de l’Occident, puissance en devenir, sinon, l’est déjà, a la main mise sur le petit peuple du Toit du monde. Cela ne peut qu’échauffer nos esprits pacifiques, même les plus lucides. Finalement, malgré ce début du printemps encore emmitouflé, la violence sur la glace est partout.
Comme quoi, quand le Bon, la Brute et le Truand sont faciles à identifier, la justice n’est plus une affaire de salon. Ça nous réchauffe l’esprit, au moins!
Pendant ce temps, nous sommes fort occupés à notre besogne d’artistes, les mains dans la poussière et le corps dans la cave. Il nous est alors venu à l’esprit ces mots de Goethe – avec Voltaire, c’est le monde ancien qui finit. Avec Rousseau, c’est un monde nouveau qui commence. Comme nous avons peu de temps pour écrire ces jours-ci, nous vous laissons sur ces mots simples de Rousseau – si la volonté générale peut errer.
(…) la vérité ne mène point à la fortune, et le peuple ne donne ni ambassades, ni chairs, ni pensions.
Il s’ensuit de ce qui précède que la volonté générale est toujours droite et tend toujours à l’utilité publique : mais il ne s’ensuit pas que les délibérations du peuple ont toujours la même rectitude. On veut toujours son bien, mais on ne voit pas toujours. Jamais on ne corrompt le peuple, mais souvent on le trompe, et c’est alors seulement qu’il paraît vouloir ce qui est mal.
Il y a souvent bien de la différence entre la volonté de tous et la volonté générale; celle-ci ne regarde qu’à l’intérêt commun, l’autre regarde à l’intérêt privé, et n’est qu’une somme de volontés particulières : mais ôtez de ces mêmes volontés les plus et les moins qui s’entre-détruisent, reste pour somme des différences la volonté générale.
Du Rousseau, n’est-ce pas fascinant, simple, mais pas nécessairement évident? Savez-vous qu’il a préféré se consacrer à la vérité plutôt qu’à sa progéniture? Bon, assez de potin! Pendant que vous réfléchissez sur lui et sur notre époque, nous allons replonger dans la poussière… Ouf! Il n’y a rien de facile, la vie et l’art. Comme ces femmes, pour qu’une cause soit vue, on paie au prix de leur corps. C’est fou, le corps nu ne fait pas que vendre de la bière, de la voiture… et du linge, bien évidemment!


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