Oeuvre d’art authentique

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Un Rembrandt authentique?Image: Le Cavalier polonais, 1655, 117 X 135 cm, Collection Frick, New York

Au début du mois, nous avons effleuré le sujet du Cavalier polonais de Rembrandt, mais vain.

En fait, l’idée germe depuis cet été, soit tout juste après la post Cavalier ou cavalière. Au début de septembre, c’était facile comme exercice d’association d’idées de passer du 70e anniversaire de l’invasion des nazis de la Pologne au mythe de la défaite des cavaliers polonais en 1939, pour arriver en troisième temps au Cavalier de Rembrandt. Mais il y a trois semaines passées, notre flânerie d’idées est rapidement déviée de sa voie. L’alignement de billets a abouti complètement ailleurs. Les seins nus pour la cause du cancer est un sujet, disons, avec plus de volupté et bien plus amusant à traiter que de brouillonner comme en ce moment, une note sur le sujet des oeuvres de Rembrandt, même si cela nous passionne.

Mais là, c’est quasi du prédéterminisme, le sort prime. Aussi bien faire prévaloir ce soir l’opportunité en butinant un peu le sujet, puisque ça passe, non?

Il arrive à nous aussi ces moments d’impudeur, à glaner ce passionnant sujet plusieurs jours durant sans aucune preuve de retenue. Peut-être, encore un billet sur Rembrandt demain… pourquoi pas? :-|

Vous saviez peut-être, sinon vous vous en doutiez probablement un peu du pourquoi, surtout après le billet d’hier sur ce petit supposé faux Rembrandt. Eh oui, le Cavalier polonais est considéré par plusieurs experts comme l’oeuvre de Willem Drost, talentueux élève de Rembrandt. Saviez-vous qu’en un siècle, des experts ont dérembranisé des centaines d’oeuvres, dont le très célèbre Homme au casque d’or. Ceux qui s’intéressent aux oeuvres de Rembrandt ont probablement entendu parler du Rembrandt Research Project, qui désacralise des non Rembrandt, des pas-assez-Rembrandt et des faux Rembrandt par contrefaçon ou par méconnaissance du passé.

Mais, pourquoi cette épuration si excessive? À qui en profite la pureté du corpus d’oeuvres de Rembrandt? Sûrement pas à Rembrandt lui-même. Comment détermine-t-on avec certitude un tel tableau soit de Rembrandt et non un tel autre? Examine-t-on les oeuvres de Rodin, par exemple, pour savoir combien de coups de ciseau que celui-ci a donné sur chacune des statues signées Rodin? Pourtant, tant d’assistants dans l’atelier de Rodin travaillaient et prêtaient main forte au vieux Maître. C’est connu. Que dire maintenant de ces équipes de spécialistes multidisciplinaires qui travaillent pour des artistes par excellence de notre époque, Hirst, Koons et cies? Combien de Warhol sont des « vrais » Warhol?

Ô combien de questions sans réponse…

Le Cavalier polonais de Rembrandt est-il vraiment de Rembrandt? Nous laissons aux spécialistes le soin d’analyser les pigments, d’effectuer de datation par le carbone 14, de compter le nombre de coups de pinceau, de débattre… Une chose est certaine pour nous, cet arrière-plan du Cavalier polonais a quelque chose d’inhabituel. Son organisation spatiale nous fait penser davantage à un tableau d’expressionniste lyrique. Il y a, sous les sabots du cheval, derrière le cavalier, une sorte de pulsion animale mal maîtrisée et de la lumière dissonante.

Ça, c’est très rare dans les oeuvres de Rembrandt… même si le Cavalier est toujours majestueux depuis 400 ans.

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