Cèdre du Liban
19 juin 2008Aujourd’hui, une image, celle de la façade de la Fondation Cartier et deux extraits de l’autobiographie de Chateaubriand, Les Mémoire d’outre-tombe.

Chateaubriand, fondateur du romantisme français, grand voyageur, acquiert le domaine de la Vallée-aux-Loups, prés d’Aulnay, en 1807. Il est vendu aux enchères, contre son gré, le 21 juillet 1818.
…ma Vallée aux Loups fut vendu, comme on vend les meubles des pauvres, sur la place du Châtelet. Je souffris beaucoup de cette vente; je m’étais attaché à mes arbres, plantés et grandis, pour ainsi dire, dans mes souvenirs.
Le cèdre du Liban planté par Chateaubriand est devenu le coeur du projet architectural imaginé et conçu par Jean Nouvel durant les années 90. Devant l’entrée du bâtiment où abrite la Fondation Cartier – Centre d’art contemporain, boulevard Raspail, le cèdre du Liban de Chateaubriand est dressé aujourd’hui dans un gigantesque pot élaboré par l’architecte et designer Alessandro Mendini. Le bâtiment, en verre et acier, ouvert et transparent, est entouré du Jardin Theatrum Botanicum qui regroupe 35 essences d’arbres et 200 espèces végétales françaises.
Il y a quatre ans qu’à mon retour de la Terre-Sainte, j’achetai près du Hameau d’Aulnay, dans le voisinage de Sceaux et de Chatenay, une maison de jardinier, caché parmi des collines couvertes de bois. Le terrain inégal et sablonneux dépendant de cette maison, n’était qu’un verger sauvage au bout duquel se trouvaient une ravine et un taillis de châtaigniers. Cet étroit espace me parut propre à renfermer mes longues espérances; spatio brevi spem longam reseces.* Les arbres que j’y ai plantés prospèrent, ils sont encore si petits que je leur donne de l’ombre quand je me place entre eux et le soleil. Un jour, en me rendant cette ombre, ils protégeront mes vieux ans comme j’ai protégé leur jeunesse. Je les ai choisis autant que je l’ai pu des divers climats où j’ai erré; ils rappellent mes voyages et nourrissent au fond de mon cœur d’autres illusions. […] Mes pins, mes sapins, mes mélèzes, mes cèdres tenant jamais ce qu’ils promettent, la Vallée-aux-Loups deviendra une véritable chartreuse. […] Ce lieu me plaît; il a remplacé pour moi les champs paternels; je l’ai payé du produit des mes rêves et de mes veilles; c’est au grand désert d’Atala** que je dois le petit désert d’Aulnay; et pour me créer ce refuge, je n’ai pas, comme le colon américain, dépouillé l’Indien des Florides. Je suis attaché à mes arbres; je leur ai adressé des élégies, des sonnets, des odes. Il n’y a pas un seul d’entre eux que je n’aie soigné de mes propres mains, que je n’aie délivré du ver attaché à sa racine, de la chenille collée à sa feuille. Je les connais tous par leurs noms, comme mes enfants: c’est ma famille, je n’en ai pas d’autre, j’espère mourir au milieu d’elle.
*Horace, Odes, I-XI : Nous durons si peu; retranche les longs espoirs.
**Roman de Chateaubriand, essor du Romantisme français littéraire.















