Jeux d’enfants
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Dans ce dernier post du mois, un peu d’enfance, encore.
Le titre « Jeux d’enfants » de ce soir vient de Pieter Bruegel l’Ancien, il s’agit de l’un de ses tableaux célèbres. Mais pourquoi Bruegel? Que pouvions-nous bien gribouiller de plus, puisqu’il existe peu d’écrits sur ce maître flamand primitif, un peu comme dans le cas de Georges de la Tour.

Tout à l’heure, nous avons eu cette folle idée d’écrire sur la «topographie», par amusement. Mais, de fil en aiguille, de «typo», «style», «forme», «font», «texte», «lecture», «alphabétisation», «éducation » à l’«enfance», les mots s’enchainent naturellement. Un jeu d’enfant! De là, surgissent de notre esprit vagabond et mal maîtrisé : Guetenberg et l’invention de l’imprimerie.
Eurêka… mais de courte durée!
Évidemment, nous ne voulons pas soulever une nuée de protestations qui déferlera à notre porte
en ce dimanche soir paisible de fin de novembre, pour le simple fait d’avoir eu cette pensée interrogative, si fugace, mais apparemment révisionniste sur le véritable inventeur de l’imprimerie : Gutenberg ou les Chinois.
Oups, trop compliqué. Donc, pas de sujet sur la typo aujourd’hui.
Mais, comme il faut préserver la fragile dimension artistique de ce blog. C’est-à-dire, dans la mesure du possible, rehausser la valeur de nos textes tous azimuts en les agrémentant de pensées lumineuses d’un érudit et de chefs-d’oeuvre picturaux ayant déjà affrontés le jugement du temps, afin de soutenir l’insoutenable légèreté de nos éphémères divagations. Voilà la raison première du tableau « Jeux d’enfants ». Bruegel démontre par son oeuvre picturale une acuité de son esprit critique sans égal à propos de ses contemporains.
Puisque nous étions sur la trace de Rousseau l’autre jour, après avoir saupoudré notre dernier billet Images d’enfants de quelques bribes de son discours sur les sciences et les arts, le lien se fait donc naturellement : Rousseau et Postman.
Mais, qui est celui-là?
Niel Postman, érudit, penseur, éducateur et écrivain américain de la 2e moitié du 20e siècle. C’est tout récent. Nous avons découvert ses écrits par action heureuse d’un ami savant. Rousseau et Postman portent tous les deux un intérêt profond à ses semblables et à la société dans laquelle ils ont vécu.
En 1982, Neil Postman soutient l’idée du déclin de l’innocence dans la culture américaine dans un livre intitulé « La disparition de l’enfance ». Il souligne le double discours de la société américaine à ce qui traite de l’enfance en parlant de l’influence de la télévision sur l’éducation et de ses effets néfastes sur les enfants américains dans la construction de leur perception : Nous adorons nos enfants. Pourtant, notre culture populaire représente une menace hostile et dommageable pour eux.
Postman trace une parallèle savoureuse entre la culture populaire américaine et celle du Moyen-Âge. Selon lui, la véritable «enfance» émerge de la civilisation occidentale avec le développement de l’imprimerie et l’alphabétisation de la masse. L’enfance est précisément cette période de la vie durant laquelle un enfant pour devenir adulte civilisé, a à comprendre progressivement le fonctionnement social complexe et codifié, par le biais de l’apprentissage des connaissances, de la raison, de la maîtrise de soi et de la honte. Du point de vue social, c’est l’alphabétisation et l’éducation. Tout cela débute par le développement de l’imprimerie.
Selon Postman, l’absence de l’alphabétisation, l’absence de l’idée de l’éducation, de l’absence de l’idée de la honte – ce sont les raisons pour lesquelles l’idée de l’enfance n’existait pas dans le monde médiéval. Il nous rappelle que dans la représentation picturale de fêtes de villages médiévaux, les hommes et les femmes boivent, mangent et partagent ouvertement la vie de luxure et de misère, en présence de leur progéniture. Voilà la 2e raison pour ce tableau de Bruegel l’Ancien, qui a vécu entre la fin du Moyen-Âge et le début de la Renaissance. Ces fêtes de villageois décrites par Postman sont omniprésentes dans l’oeuvre de Bruegel.

Qu’y a-t-il de plus dans ce livre sur la fin de l’enfance de Postman? Bien plus que ces lignes mâchouillées fort malhabilement par nous. C’est tout un diagnostic sur l’évolution de la société américaine depuis 1950, avec l’arrivée de la télévision qui a été précédée par l’invention du télégraphe. Postman, c’est cette grande capacité rationnelle et savante à nous présenter une sorte d’ossature de l’évolution de notre civilisation moderne. À partir de cette ossature, il nous illustre sa composition de mille ornements, avec habileté et simplicité.
Bonne fin de dimanche!

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2 décembre 2008 à 13:32
Si je me fie à ce que j’entends de mes amis africains autour de moi, les valeurs d’éducation, de morale, de pudeur semblaient déjà établies dans plusieurs sociétés africains, bien avant l’arrivée du livre.
L’analyse de Postman, si on y adhère, pourrait n’être applicable ainsi que dans une portion de la société européenne du Moyen-Âge.
Je n’ai pas de réponse plus précise, mais sachant que l’ethnocentrisme crée des décalages faciles avec la réalité des peuples, il serait intéressant de pouvoir creuser ce sujet davantage…
Les articles de My Arts, avec leurs associations d’idées inusitées, ont l’intéressant avantage de susciter rapidement réflexion, éveil et envie d’en savoir plus. Une bouffée d’air frais à encourager!
2 décembre 2008 à 19:56
Si nos petits textes vous semblent intéressant, alors, que pouvions-nous demander de plus? Merci SMK! Espérons-nous que vous reviendrez à notre prochain post.
… Wohoo! Un autre lecteur gagné!
3 décembre 2008 à 14:32
les chinois .. bien sûr !!!
Ils l’inventèrent pour imprimer leurs billets….
Gutemberg fut bien entendu l’inventeur de l’imprimerie en Europe ….. N’ayant aucune relation entre l’Occident et l’Orient à cette époque.