Des artistes défenseurs des innocents

Aujourd’hui, un choix de trois tableaux qui illustrent la répulsion de la mort des innocents, vue par trois peintres de trois époques, 1610, 1937 et 1978.

Massacre des Innocents Massacre de Guernica

D’abord, le Massacre des Innocents, un épisode relaté dans la Bible. Peu après la naissance de Jésus, Hérode ordonne le meurtre de tous les enfants de moins de deux ans dans la région de Bethléem.

Rubens, notre premier artiste défenseur des innocents, peint un tableau qui représente cette scène biblique vers 1610. Il s’agit d’une des versions les plus expressives parmi les tableaux classiques ayant pour sujet le Massacre de Bethléem. Chez Rubens, l’image se construit autour de l’ordre, de la structure et de l’idéal du corps. Il y avait un standard esthétique à respecter que l’on appelle dans le passé de l’Art, avec un grand «A».

Trois siècles plus tard, le bombardement de la ville de Guernica y Luno, longtemps considéré comme le premier raid de l’histoire de l’aviation militaire moderne sur une population innocente. Même dans le malheur, l’histoire fait son classement.

Picasso, sorti de sa période de dépression, peint en 1937 l’horreur de ce massacre de civils dans un tableau devenu aujourd’hui célèbre : Guernica. Il s’agit de la réaction colérique d’un artiste. Une sorte de canalisation de sa pulsion, dans laquelle l’artiste et sa personnalité submergent l’ordre, la structure et les corps, humains et animaliers. Il y a là, l’art d’un artiste. Selon une récente étude du Musée Reina Sofia, l’état du tableau se détériore prématurément…

Élégie - Motherwell

Le troisième artiste, Robert Motherwell. Les Élégies espagnoles de l’artiste américain enferment l’effroi de la Guerre civile d’Espagne et le choc émotif éprouve par l’artiste. Si vous avez la chance de voir l’une de ses bonnes Élégies, vous remarquerez que l’élément central de l’art de Motherwell est sa représentation de la pulsion sauvage humaine: la débandade et l’enfermement.

La série Élégies de Motherwell s’étale sur une période de 25 ans, prit fin vers 1978, avec l’Élégie de la réconciliation. Motherwell, lui, il fusionne des imageries, répertorie une iconographie propre à lui, récupère des références pour traduire son propre état émotif. C’était l’époque où chaque artiste réinvente un vocabulaire pour son art sur canevas et un discours sur papier qui parle de son art. Parmi ceux-ci, des penseurs et philosophes, comme Robert Motherwell, mais aussi des artistes charlatans. Heureusement pour ces derniers, il y avait alors la sémiologie naissante à leur rescousse, mais malheur au grand public! Ce fut l’incompréhension.

En quelques siècles, la peinture pour représenter l’horreur, passe du modèle «absolu» aux références naturelles à un modèle «relatif» aux références subjectives. Ensuite, en quelques décennies, on arrive au modèle «singulier» à la Motherwell.

Voilà pour l’un des malheurs de l’humanité: la guerre. Elle a été longtemps dénominateur commun ou prétexte de création pour plusieurs artistes.

Un commentaire pour “Des artistes défenseurs des innocents”

  1. Une femme géorgienne dit :

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