Ce soir, nous essayons de traiter le glissement de sens en réunissant trois images d’enfants dans un seul texte. Car le cerveau d’artiste ne veut pas faire d’effort ce soir. Nous faisons du coq à l’âne avec des images. Donc, trois images d’enfants et un peu… de Rousseau pour rehausser le tout.
Paresseux. Oui, nous le savons.
La première image d’enfants, il s’agit d’une photographie d’Ahn Young-Joon d’AP. Ne trouvez-vous pas le sujet de cette photo mignon? Ce sont des enfants sud-coréens, vêtus de costumes de Noël. Jusqu’à là, tout semble évident. Mais semble-t-il, ils ont été déguisés aux couleurs de Noël pour une cause, humanitaire. En sachant ceci, cela suscite-t-il davantage d’empathie en vous à quelques semaines de la période des fêtes? Ces enfants s’apprêtent à participer à une collecte de fonds pour des démunis de Séoul.

Ne dites pas que cette image d’enfants n’attendrisse pas un coin de votre âme, palpite votre coeur durant un bref instant, et ce, même si la froideur et le détachement gagnent en vous, avec âge.
La deuxième image d’enfant, d’Adeel Halim de Reuters : un enfant au travail en Inde.

Une très belle photo ayant pour sujet la cruauté de la vie, visuellement plus esthétique que la précédente. Quoi de plus cruel que de supprimer les années d’insouciance d’une vie? Avec le temps, nous arrivons à cette impression navrante que la valeur d’une vie dépend bien souvent de la richesse sonnante qu’elle engendre.
La troisième image d’enfant, une pub, photo légèrement manipulée. Tout doit être là pour une pub réussie. Tout semble être là. Que pensez-vous de cette pub récente de la Fondation Marie-Vincent? Troublant, la nature humaine. Cette image traine là sur le bureau, sous la pile de papiers depuis plusieurs mois. Nous voulions utiliser cette image dans un tout autre contexte que celui-ci.

Pour terminer, nous vous avons sélectionné un passage du discours qui a rendu Rousseau célèbre. Dans lequel, il répond à la question du concours de l’Académie de Dijon : Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs. On trouve là tout le fondement de la pensée de Rousseau : l’humain est bon par nature et corrompu par la société.
Rousseau croit à l’homme sauvage qui vit seul, sans pensée ni langage, se satisfait de ce qui lui permet de subsister. De la simplicité volontaire?! Homme typique du romantisme, il croit que Dieu a donné la capacité à l’humain de s’adapter à son environnement. Ensuite, il naisse la société, la collectivité et l’État. De là viendront les besoins de l’humain à communiquer avec ses semblables et sa quête de la reconnaissance, l’invention du langage, des métiers, de l’économie, des sciences, des arts, etc.
Hein, c’est fort et cool, n’est-ce pas?
Voici son avertissement précède son recueil de discours :
Qu’est-ce que la célébrité? Voici le malheureux ouvrage à qui je dois la mienne. Il est certain que cette pièce qui m’a valu un prix et qui m’a fait un nom est tout au plus médiocre et j’ose ajouter qu’elle est une des moindres de tout ce recueil. Quel gouffre de misères n’eût point évité l’auteur, si ce premier livre n’eût été reçu que comme il méritait de l’être? Mais il fallait qu’une faveur d’abord injuste m’attirât par degrés une rigueur qui l’est encore plus.
Sacré Rousseau! Voici un passage du discours sur les sciences et les arts :
Si la culture des sciences est nuisible aux qualités guerrières, elle l’est encore plus aux qualités morales. C’est dès nos premières années qu’une éducation insensée orne notre esprit et corrompt notre jugement. Je vois de toutes parts des établissements immenses, où l’on élève à grands frais la jeunesse pour lui apprendre toutes choses, excepté ses devoirs. Vos enfants ignoreront leur propre langue, mais ils en parleront d’autres qui ne sont en usage nulle part : ils sauront composer des vers qu’à peine ils pourront comprendre : sans savoir démêler l’erreur de la vérité, ils posséderont l’art de les rendre méconnaissables aux autres par des arguments spécieux : mais ces mots de magnanimité, de tempérance, d’humanité, de courage, ils ne sauront ce que c’est; ce doux nom de patrie ne frappera jamais leur oreille; et s’ils entendent parler de Dieu, ce sera moins pour le craindre que pour en avoir peur. J’aimerais autant, disait un sage, que mon écolier eût passé le temps dans un jeu de paume, au moins le corps en serait plus dispos. je sais qu’il faut occuper les enfants, et que l’oisiveté est pour eux le danger le plus à craindre. Que faut-il donc qu’ils apprennent? Voilà certes une belle question! Qu’ils apprennent ce qu’ils doivent faire étant hommes; et non ce qu’ils doivent oublier.