Images et textes sur 'Parlons d'un artiste'

 

Paradis…

Jeudi 4 février 2010

paradis

ON A TOUS DÉJÀ PENSÉ SE TUER. Au moins une fois, au moins une seconde, le temps d’un nuit d’insomnie ou sans arrêt, le temps de toute une vie. On s’est tous imaginé, une fois au moins, s’enfourner une arme à feu dans la bouche, fermer les yeux, décompter les secondes et tirer. On y a tous pensé, à s’expédier dans l’au-delà, ou à s’envoyer six pieds sous terre, ce qui revient au même, d’un coup de feu, bang. Ou encore à en finir sec dans le crac de la pendaison. La vie est parfois insupportable.

C’est anisi.

Ça vient, ça prend à la gorge, et ça passe.

Ainsi commence le dernier roman de Nelly Arcan, auteure à succès, qui s’est enlevé la vie peu après avoir complété son 4e et dernier roman, Paradis, clef en main.

Leadership défaillant

Samedi 30 janvier 2010

Head One, Cai Gui QiangCe soir, quelques photos de cette oeuvre de l’artiste chinois Cai Gui Qiang que nous ayons parlée l’autre jour, appelons-la du leadership défaillant.

Non?! Quand un chef de direction amène sa meute à l’anéantissement, n’est-ce pas une manque totale de vision dans le monde des hommes ? ;-)

Nous sélectionnons trois images pour vous donner un aperçu, l’amorcement, l’envolée et la chute. Vous convenez peut-être avec nous que c’est une approche peu souhaitable de regarder une oeuvre d’installation de tel ampleur. Mais, même si vous pouviez voir ce type d’oeuvre dans sa disposition physique, encore là, certain espace muséal dans lequel elle a été présentée ne valorise point cet élan de la fatalité. Ce fut le cas pour le Guggenheim de New York, à cause de son plafond d’une hauteur limitée et son aire d’exposition en spirale. Par contre, les voitures de Cai qui scintillent de petites lumières néons bénéficient grandement l’espace central de Guggenheim lors de son exposition en 2009.

En passant, le vrai titre de cette oeuvre de meute de loups est « Head One », 2003.

Lleadership défaillant

meute de loups dans une oeuvre d'artPhotos : Mathias Schormann

Véhicule d’idées

Lundi 25 janvier 2010

Merci à Pirchirinarmor pour ses instructifs et divertissants textes sur Faust!

Ce fut agréable cette pause inattendue durant laquelle nous avons eu quand même le plaisir de trouver les quelques images pour accompagner leur publication.

Bon, ce soir, un retour sur le thème d’automobile en reprenant le clavier. Encore de la voiture! ;-)

Devant une œuvre, autre que d’apprécier son côté décoratif, il est essentiel pour une œuvre de qualité d’être véhicule d’idées en permettant une lecture autre que la contemplation. Ainsi, l’œuvre d’art s’échappe de l’emprise du beau… de faire la belle – pour éviter la confusion avec le Beau de Kant. Rappelez-vous sans doute de nos deux précédents billets sur le thème voiture? L’une des deux voitures, malgré qu’elle soit sur un piédestal du sanctuaire culturel que représente un musée, elle n’a ni valeur, ni signification qu’une simple voiture suspendue même si l’on se tortille quelques neurones pour lui trouver un sens; l’autre, bien qu’elle soit identifiée comme étant un objet de consommation, son enveloppe luxuriante et rutilante attire de regards admiratifs.

Chute d'autos - Cai Gue-Qiang

Devant ces véhicules suspendus, pour des connaisseurs d’autos, on arrive facilement à identifier la marque et le modèle des autos utilisés par l’artiste contemporain chinois Cai Guo-Qiang. Lors de son passage au Guggenheim, la disposition de cette oeuvre est bien différente de ce que les Québécois qui l’ont vu au Centre d’exposition de Shawinigan. L’espace muséal du célèbre musée new-yorkais conditionne son accrochage. Le vrai point de mire de cette oeuvre, tel que pensé par l’artiste, n’est ni dans la chute des voitures, ni dans la représentation de l’automobile, mais bien l’explosion. Ses véhicules ne sont qu’un vecteur d’idée, bons pour leur dimension archétypale qui permet à une connexion à la réalité du public de son époque.

L’artiste peut, pour créer, partir d’une préoccupation personnelle, mais s’il ne trouve pas de véhicule à son idée pour accéder à la réalité de la perception de son public. Son œuvre verra peut-être le jour, mais elle mourra à brève échéance au même titre d’un objet de consommation. Une fois usé, bon pour la ferraille.

Le vrai Faust : un obscur charlatan

Jeudi 21 janvier 2010

Par Pirchirinarmor

Le Dr. Faust a bel et bien existé. De cela les historiens sont sûrs. Ils sont en revanche moins assurés sur les étapes de sa vie.

Il s’appellerait Johannes Faust et serait né vers 1480, on ne sait où. Il aurait étudié les sciences et la philosophie et peut-être enseigné un certain temps à Cracovie (Pologne) ou à Erfurt (Thuringe). Sans doute s’adonnait-il à l’occultisme et à l’alchimie, très à la mode à cette époque pleine de contradictions. Et peut-être que ses mœurs étaient dissolues. Assurément, il n’a cessé de mal se faire voir, par exemple de Luther et de Melanchthon, et s’est fait renvoyer de toutes les universités pour mauvaise réputation. Il semble alors avoir mené une vie d’aventures et cherché à vendre à qui voulait bien le croire des prestations… surnaturelles. D’où sa réputation sulfureuse de nécromancien (homme versé en magie noire).

Car il n’est certes pas une célébrité à l’instar des universitaires et des savants de son temps. Mais plutôt un obscur charlatan. Un aventurier et un imposteur doublé d’un vil escroc. Si on veut se faire une idée du vrai Faust, il faut imaginer ces faux docteurs (et vrais charlatans) qui vendaient à prix d’or, à la grande époque de la conquête de l’ouest, des élixirs miraculeux et des panacées universelles à qui voulait bien gober leurs bobards. En attendant de devoir quitter les villes où ils avaient sévi, couverts de goudron et de plumes.

Quant à Faust, sa réputation parvient finalement aux oreilles du comte de Staufen, une petite ville de Bade. Ce seigneur a des soucis en cette époque troublée par les guerres et l’insécurité, d’inflation et de crise économique. Les caisses de l’État sont vides, il faut les remplir, par tous les moyens. Au comte aussi crédule que désespéré, Faust promet monts et merveilles : il connaît le secret de l’or, il en fabriquera à partir de vils métaux ! Quelle merveille que l’équilibre budgétaire, et combien d’États ne rêveraient pas, de nos jours encore, de rencontrer leur Dr. Faust ?

Le comte le croit, lui fournit gite, laboratoire et subsistance. Au grand dam de ses sujets, qui regardent d’un œil suspicieux cet étrange personnage à la barbe impressionnante, vêtu d’un habit aussi noir que l’âme qu’on lui prête. Un nécromancien, qui s’entretient toutes les nuits en privé avec le démon !

Un beau jour de l’an 1538 à 1541 (car il y a incertitude sur la date), un bruit assourdissant vient troubler la quiétude de habitants de Staufen, déjà au bord de la crise de nerfs : le faux savant a fait un mélange hasardeux de substances, et son laboratoire vient d’exploser. Un accident qui lui coûte la vie, puisqu’on découvre dans les décombres le cadavre du docteur « atrocement mutilé » et « la tête à l’envers ».

De là à en conclure que le démon a fini par venir réclamer son dû, il n’y eut qu’un pas vite franchi… D’autres affirment qu’il aurait été arrêté pour sorcellerie, jugé et brulé vif sur une place publique de la ville de Staufen.

(3e partie, demain)

Vrai Faust, un obscur charlatan
Félicien Rops, la Tentation de Saint-Antoine, 1878

Une belle histoire fantastique…

Mercredi 20 janvier 2010

Par Pirchirinarmor

C’est le soir. Une petite pièce sombre sous les combles. Des murs en crépis percés seulement d’une petite ouverture bouchée par des culs de bouteille en verre épais, laissant à peine passer la faible lueur d’une lune blafarde. Puis, on ne voit plus au centre de l’image que le visage ridé d’un vieillard à la barbe grise impressionnante, faiblement éclairé par la flamme chancelante d’une bougie. Ses yeux bleus sont vitreux, ses paupières gonflées et alourdies par les ans. Dans la pénombre, on aperçoit des grimoires, des livres et des parchemins répandus dans toute la pièce.

Au soir de sa vie, ce vieillard à l’article de la mort fait le bilan de sa vie. Or ce bilan le remplit d’amertume et de regrets. Il est, certes, un professeur renommé et respecté de l’université de céans. Et toujours il a respecté les règles qu’imposent aux hommes respectables les mœurs et les usages des bonnes gens, et les commandements de la religion. Mais le fait d’avoir consacré ainsi sa vie aux études dans le strict respect de toutes les convenances lui a fait oublier de vivre. Il n’a connu ni les jouissances de la vie, ni les avantages de la fortune, ni même les douceurs de l’amour.

Et il le regrette. Mais que faire, puisque tout est fini ? C’est là que naît brusquement en son âme, lorsqu’au paroxysme du désespoir il décide d’en finir une fois pour toute, une violente révolte contre le destin. Il veut repartir à zéro, tout recommencer, tout faire différemment. « Et pour cela, » hurle-t-il, « je suis même prêt à signer un pacte avec le diable ».

Le malin entend tout. Et nul n’invoque impunément son nom. Devant les yeux écarquillés du vieillard surgit un beau jeune homme richement vêtu d’un habit écarlate. Un jeune homme qui lui déclare s’appeler Méphistophélès. Qu’il est de Lucifer l’humble ministre plénipotentiaire et qu’il peut exaucer tous les vœux justement exaucés : avoir une seconde chance et vivre une seconde vie. Une vie où le vieillard fera ce qui lui plaira grâce à la présence cachée, à ses côtés, de Méphistophélès en tant que son serviteur délégué par Satan… et garant du contrat à conclure en échange de ces bénéfices. L’objet du contrat ? Trois fois rien : la vente, par son contractant signant de son sang, de son âme au diable à l’échéance de 24 ans.

Et voilà le signataire convaincu embarqué dans une folle aventure. Dans cette Allemagne de la Renaissance, en l’an 1540 de notre seigneur. Dans les bas-fonds de la cave d’Auerbach à Leipzig, toute assourdie des beuglements des étudiants ivres, au milieu des ribaudes de la ville. Sur le mont Blocksberg, la nuit même de Walpurgis où toutes les sorcières de l’Empire viennent danser le Sabbat et s’accoupler bestialement avec Satan en personne. Puis il surgit, dans ce chaos, le visage de Gretchen (Marguerite). Une jeune fille pure dont il devient fou amoureux, mais qu’il déshonore par son amour pourtant vrai, puisqu’il ne peut plus – en maudit qu’il est – connaître d’amour sincère. Cette tragédie coûte finalement la vie à l’un et à l’autre, qu’ils aillent en enfer ou au paradis, selon les versions.

Ce « héros », vous l’avez reconnu sans peine : c’est le fameux Dr. Faust, héros d’un des plus grands mythes de la littérature universelle. Une belle histoire qui interpelle chacun sur le sens de la vie, sur la question des choix qu’on y fait, sur la morale, le destin, l’amour, la mort… L’Allemagne nazie et l’apocalypse nucléaire ont été réputées « hantées par le visage de Faust ».

Mais au fait Faust et son histoire ? C’est une invention où une réalité ?

Et bien un peu des deux. Et cette question est certes bien embrouillée.

(Suite, demain)

une belle histoire
Luis Ricardo Falero, la Vision de Faust, 1878

Origines modestes du Père Noël

Dimanche 13 décembre 2009

Puisque nous sommes à New York, profitons-nous pour faire un retour sur le thème Noël avec un point de départ newyorkais. Aujourd’hui, les origines modestes du Père Noël avec cette gravure de Thomas Nast.

Nast était un caricaturiste de la fin du 19e siècle, largement considéré comme l’un des pères de la caricature américaine, politique, bien entendu. Sans la politique, point de salut satirique pour des caricaturistes! Nast a travaillé au Frank Leslies Illustrated Newspaper et au journal newyorkais Harper’s Illustrated Weekly. Le costume rouge avec fourrure blanche et cette large ceinture de cuir que nous connaissons aujourd’hui étaient l’idée de Nast quand il a illustré son Santa Claus en 1863. C’était les années de guerre aux États-Unis. La première apparition du Père Noël de Nast était un vieux monsieur qui distribuait des cadeaux aux soldats.

Voici l’un des derniers dessins de Nast représentant le Père Noël. Pardon! Nous avons encore oublié… en 1880, c’est de la gravure, de l’eau-fort pour l’impression des journaux, la reproduction de masse.

Origines du Pere Noel - dessin de Père Noël

Ce Père Noël qui nous fait penser à un marchand ambulant aux origines modestes, un peu comme un artiste d’aujourd’hui qui participe aux foires artistiques de différentes villes et vend ses créations à quelques jours avant Noël. De nos jours, le monde est trop vaste et complexe. C’est fort incommodant de se déplacer avec des marchandises sur le dos.

Mon Dieu, nous sommes des Pères Noël, version Société de consommation!  :mrgreen: Bon, à bien y penser, nous ne sommes que des lutins de la société de consommation post-crise de la 1re débâcle boursière du 21e siècle et, nous cherchons un sens à notre existence éphémère.

Entre fantasme et réalité

Mercredi 21 octobre 2009

Ce soir, une histoire entre fantasme et réalité… Pas d’inquiétude! C’est juste un titre accrocheur. Pas de sexe, pas d’image osée, pas besoin de faire éloigner vos enfants! ;-)

Voilà, une personne de fort de taille, si si, c’est du vrai! Il a un nom et il existe. Ce n’est pas une effigie en cire. Un mur, bien sûr et du duct tape gris, le scotch tape de construction, vous vous en souvenez? Un artiste a transformé tout ça en installation artistique. Du concret, du vrai, de la réalité! Il s’est passé en 1999. Voici une photo qui témoigne.

Entre fantasme et réalité

Et le fantasme?

La légende raconte qu’un jour, un célèbre artiste contemporain mécontent. Cependant, nous ignorons la raison de son mécontentement. Semblerait-il que cette vedette, cet autre enfant terrible de la scène artistique contemporaine, mécontent, a scotché son galeriste sur un mur de sa galerie en lui disant de vendre lui-même.

Risible mais mythique comme histoire, n’est-ce pas?

Si l’on y réfléchissait deux secondes ou une seconde et demie, on s’en douterait de la véracité du récit. Mais bon, on préfère peut-être des histoires à coucher dehors. La réalité, si vous permettez, c’est un coup de Marketing pour faire parler de soi, tant pour l’artiste que pour le galeriste. Le hic… le point délicat est de le dire comme nous faisons là, c’est-à-dire, crever la bulle. Plus de fantasme, juste de la réalité… subjective. Vous le saviez, ceux qui osent franchir les limites franchissent à la fois une étape nouvelle que l’on appelle souvent phénomène de l’évolution. Cette oeuvre est un cas parmi tant d’autres.

L’oeuvre intitulée « A Perfect Day ». Le galeriste s’appelle Massimo De Carlo, sa galerie milanaise existe toujours. L’artiste, si vous ne le connaissiez pas, il s’appelle Cattelan, Maurizio Cattelan.

La conclusion? Cattelan préfère de loin des efflgies en cire qui peuvent lui raporter des millions. Cela ne lui empêche pas à faire des oeuvres controversées. Coller une personne sur un mur a une duré limitée, après une telle performance artistique, il ne peut que vendre des photographies. Financièrement, c’est beaucoup moins attrayant.

Portaits de Pauline Gagnon

Jeudi 8 octobre 2009

Quoi écrire… depuis quelques jours, nous hasardons comme vous pouvez le constater. En ce moment-ci, il règne un silence apaisant de fin de soirée, l’envie d’écrire n’y est pas. Quelques idées qui datent occupent notre esprit, mais il n’y a rien qui nous allume pour en faire un billet.

Pas d’étincelle, pas de feu lent. Nous cherchons.

Nous sommes partis à faire quelques manœuvres à l’atelier. Voilà. À nouveau de retour devant l’ordi pour faire quoi de valable. C’est la nécessité de la vie d’artiste qui impose le rythme par le temps qui court. Sans cette nécessité d’artiste, même étant propriétaires de ce blog, nous n’aurions rien fait ce soir. Finalement, ce est pas si mauvais d’être artistes même si nous vivons pauvres et mangeons maigre.

Avant-hier, nous avons fait une découverte par le biais d’un commentaire, de cette lectrice qui se nomme Marie. Bon, peut-être, c’est juste une passante qui arrive par hasard sur notre blog comme ces personnes qui se croisent dans la rue, au métro, dans le parc… Ça vous dit quoi, n’est-ce pas? De temps à autre, un regard, un signe de tête, peut-être, un bonjour ou un sourire à peine voilé entre deux passants. Un bref moment de rencontre, de vie. On s’éloigne le temps de passer l’un à côté de l’autre. La vie est ponctuée de ces brefs moments et, à chacun de ces moments, il y a un, deux ou plusieurs visages silencieux. Un à un, ils disparaissent aussi tôt. Ils s’effacent de notre mémoire temporelle.

Pauline Gagnon, peintre québécoise, une artiste collectionneuse de visages. Des visages pleins de mots silencieux qui témoignent des brefs moments de vie, mais figés pour longtemps. En voici quelques portraits de Pauline Gagnon que nous choisissons pour partager avec vous ce moment présent éphémère, grâce à cette Marie, à son commentaire.

Visage silencieux Portrait de femme, par Gagnon Portrait par Pauline Gagnon Face silencieuse, Pauline Gagnon, peintre québécoise
Images : Pauline Gagnon/Galerie Jamault

Oeuvre d’art authentique

Lundi 21 septembre 2009

Un Rembrandt authentique?Image: Le Cavalier polonais, 1655, 117 X 135 cm, Collection Frick, New York

Au début du mois, nous avons effleuré le sujet du Cavalier polonais de Rembrandt, mais vain.

En fait, l’idée germe depuis cet été, soit tout juste après la post Cavalier ou cavalière. Au début de septembre, c’était facile comme exercice d’association d’idées de passer du 70e anniversaire de l’invasion des nazis de la Pologne au mythe de la défaite des cavaliers polonais en 1939, pour arriver en troisième temps au Cavalier de Rembrandt. Mais il y a trois semaines passées, notre flânerie d’idées est rapidement déviée de sa voie. L’alignement de billets a abouti complètement ailleurs. Les seins nus pour la cause du cancer est un sujet, disons, avec plus de volupté et bien plus amusant à traiter que de brouillonner comme en ce moment, une note sur le sujet des oeuvres de Rembrandt, même si cela nous passionne.

Mais là, c’est quasi du prédéterminisme, le sort prime. Aussi bien faire prévaloir ce soir l’opportunité en butinant un peu le sujet, puisque ça passe, non?

Il arrive à nous aussi ces moments d’impudeur, à glaner ce passionnant sujet plusieurs jours durant sans aucune preuve de retenue. Peut-être, encore un billet sur Rembrandt demain… pourquoi pas? :-|

Vous saviez peut-être, sinon vous vous en doutiez probablement un peu du pourquoi, surtout après le billet d’hier sur ce petit supposé faux Rembrandt. Eh oui, le Cavalier polonais est considéré par plusieurs experts comme l’oeuvre de Willem Drost, talentueux élève de Rembrandt. Saviez-vous qu’en un siècle, des experts ont dérembranisé des centaines d’oeuvres, dont le très célèbre Homme au casque d’or. Ceux qui s’intéressent aux oeuvres de Rembrandt ont probablement entendu parler du Rembrandt Research Project, qui désacralise des non Rembrandt, des pas-assez-Rembrandt et des faux Rembrandt par contrefaçon ou par méconnaissance du passé.

Mais, pourquoi cette épuration si excessive? À qui en profite la pureté du corpus d’oeuvres de Rembrandt? Sûrement pas à Rembrandt lui-même. Comment détermine-t-on avec certitude un tel tableau soit de Rembrandt et non un tel autre? Examine-t-on les oeuvres de Rodin, par exemple, pour savoir combien de coups de ciseau que celui-ci a donné sur chacune des statues signées Rodin? Pourtant, tant d’assistants dans l’atelier de Rodin travaillaient et prêtaient main forte au vieux Maître. C’est connu. Que dire maintenant de ces équipes de spécialistes multidisciplinaires qui travaillent pour des artistes par excellence de notre époque, Hirst, Koons et cies? Combien de Warhol sont des « vrais » Warhol?

Ô combien de questions sans réponse…

Le Cavalier polonais de Rembrandt est-il vraiment de Rembrandt? Nous laissons aux spécialistes le soin d’analyser les pigments, d’effectuer de datation par le carbone 14, de compter le nombre de coups de pinceau, de débattre… Une chose est certaine pour nous, cet arrière-plan du Cavalier polonais a quelque chose d’inhabituel. Son organisation spatiale nous fait penser davantage à un tableau d’expressionniste lyrique. Il y a, sous les sabots du cheval, derrière le cavalier, une sorte de pulsion animale mal maîtrisée et de la lumière dissonante.

Ça, c’est très rare dans les oeuvres de Rembrandt… même si le Cavalier est toujours majestueux depuis 400 ans.

Faux Rembrandt

Dimanche 20 septembre 2009

Le nom Rembrandt évoque en nous toujours un affect bien particulier, même quand nous griffonnons quelques lignes sur un faux Rembrandt.

Devant un bon Rembrandt, même en photo, nous avons le goût de divaguer un peu. Comme cette photo de presse d’hier sur laquelle on a bien essayé de faire une mise en scène avec cette jeune femme observant l’oeuvre sous tous les angles et coutures. Nous comprenons que c’est sexy de faire poser une belle employée, semble-t-il, de Christie’s de Londres à côté d’une oeuvre du vieux Maître. Mais combien désolant quand on savait pertinent bien que seul un richissime collectionneur puisse se payer un Rembrandt, authentique ou faux. Une excellente occasion manquée pour injecter une petite dose d’authenticité dans le foisonnement d’images modernes, si souvent superficielles. Voilà pour la désolation que nous éprouvions hier soir en sélectionnant l’image la moins mauvaise du lot, et pour cette surdose de superficialité des photos de presse clichées.

Tenez, en voici quelques-unes.

Mise-en-scène devant un Rembrandt Employée femme davant un Rembrandt Femme devant un Rembrandt

Rembrandt n’est probablement, ni un saint homme, ni un esprit d’exquis de philosophe de son époque. Son extraordinaire oeuvre picturale dont peu d’artistes dans l’histoire de l’art arrivent à joindre se démarque justement par sa dimension du vrai. La lueur rembranesque, elle est matérielle tout comme ses pénombres. Les ténèbres de Rembrandt expirent au travers ses coups de brosse et aspirent à la lumière.

En 2007, il s’est vendu sur le marché de l’encan londonien un « faux » Rembrandt pour 2,2 millions de livres sterling : lot 377, Autoportait en Démocrite – philosophe riant. Un tout petit tableau considéré par les experts comme étant l’oeuvre d’un artiste qui imitait le style de Rembrandt. Il mesure 23.7 cm par 17 cm, signé RHL, date de 1629-1630.

Peu importe si c’était un faux ou un vrai Rembrandt, le ou les acquéreurs de ce petit portrait ont acheté en 2007 une oeuvre d’art peinte par un artiste digne de la définition du mot « art » au 17e siècle, soit la capacité de rendre facile ce qui est difficile.

Un faux Rembrandt ? Un petit portrait de Rembrandt

Comment regarder l’art abstrait…

Lundi 17 août 2009

Comment regarder l’art abstrait… en fait, le titre de ce billet est un peu traître!

Plusieurs de nos amis aiment les arts sans être des artistes. Mais ils n’apprécient guère l’art contemporain, particulièrement, en ce qui traite des oeuvres abstraites. Bien qu’ils soient des gens instruits, intelligents et curieux. Nous avons que des amis de qualité. ;-) Ils sont généralement déroutés en voyant une oeuvre à la Pollock, par exemple.

Une confession de foi : nous aimons toujours éperdument les bonnes oeuvres de Pollock et nous éprouvons une grande affection pour des oeuvres abstraites. C’est quoi un bon Pollock? Du dripping pur, sans altération. The Deep, rare présence de Pollock sur le sol européen, au Pompidou, est un mauvais Pollock qui représente au plus l’esprit agité d’un alcoolique désespéré face à un cul de sac artistique.

À quelques reprises, nous avons écrit ici, peut-être, pas dans ces mots-ci, que l’évolution de l’art abstrait est un échec parmi plusieurs autres expériences humaines du 20e. Le communisme, formidable idéologie qui finissait en désastre, en est une expérience humaine douloureuse et égarée. L’abstraction l’est également, à cause du grand nombre d’artistes qui se centrent sur leurs préoccupations personnelles au nom de l’art, en privant au public de presque toute référence « humainement » perceptible. Pour ceux qui s’intéressent à l’aventure de l’art abstrait, la vie de Malévitch est un cas qui illustre bien la formidable expérience théorique et expérimentale de ces deux aventures du 20e.

Malévitch est un autre spécimen extraordinaire : artiste, théoricien, mystique et politique.

Le phénomène de l’art abstrait ancré sur le « moi-et-ma-façon-de-voir » s’est intensifié durant la 2e moitié du siècle passé, grâce à la quête d’un art, toujours et plus que « nouveau », et à l’intellectualisation à l’outrance des démarches artistiques. On crée alors un monde où l’artiste se fait sanctifier par ses pairs pour son excessive singularité. La relation entre l’art abstrait et son public se limite à des regards interrogateurs de ce dernier, attirés par des exploits artistiques qui font scandales. N’y a-t-il pas là les germes de nos émissions télévisuelles de Reality Show?

L’artiste devrait-il construire sa démarche artistique autour des préoccupations personnelles et professionnelles? Bien sûr. Au fait, il s’agit d’un idéal légitime et humain. Un art qui évolue sainement doit puiser de la Vie, se transcender la vie personnelle et trouver son écho auprès d’un large public sans recours au sensationnisme débridé.

Mon Dieu, est-ce possible?

Le blog n’est vraiment pas fait pour ce genre de billet, peu productif. Nous n’avons même pas encore effleuré les deux mots les plus importants, la source de cette évolution artistique : la démocratisation et la spécialisation. Mais, nous avons largement atteint le quota de mots. Assez pour aujourd’hui!

Bon, aujourd’hui, pour finir ce billet, des images pour illustrer un aspect de l’art abstrait : la distance et la perspective jouent un grand rôle dans la formation d’une oeuvre abstraite. Parfois, bien saisir la perspective pour observer une chose permet d’amorcer la démystification de celle-ci. Après cela, il faudrait y trouver l’intérêt. C’est plus difficile.

De l'art abstrait ?

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Est-ce du Dali?

Vendredi 14 août 2009

Dali, une tête molle

Ménon! C’est du Nik Ainley, un buzz du net qui date.

Le designer illstrateur Nik Ainley est sans doute un artiste de talent, mais sans l’apport technologique des outils modernes comme Photoshop à son travail, le résultat de sa créativité serait-il encore tout aussi épatant?

Sans être un inconditionnel de l’art de Dali, la maitrise technique en peinture de Dali est incontestable, même si l’on ne partage ni de son goût esthétique, ni de son excentricité. La vaste réalisation artistique de Dali demeure une preuve tangible, mesurable et quantifiable de son talent et de sa contribution à l’histoire de l’art.

L’évolution technologique en outillage artistique tel que les logiciels en graphisme, la machinerie en impression, les applications informatisées en animation, la caméra numérique, a permis à un plus grand pourcentage de gens de la population habile à les manipuler d’accéder à l’expérience de création artistique autrement qui leur serait moins accessible. Cette évolution contribue donc grandement à la démocratisation des activités créatrices et artistiques, qui demeure en soi, un acquis extraordinaire de notre évolution. Cela n’empêche toutefois, de constater qu’en échange de cette artillerie d’outils modernes de créativité, s’amorce le contrecoup de l’évolution : l’égarement progressif jusqu’à l’oubli éventuel du savoir artistique en sculpture, en peinture ou en gravure, acquis tout aussi progressivement depuis la Renaissance.

Quand est-ce que certains savoirs centenaires feraient partie du patrimoine de l’humanité à préserver? La rétribution de l’apport technologique pèserait peut-être lourdement à long terme, toujours du point de vue de cette évolution.