Flaque d’eau
Lundi 4 juin 2012Donner une dimension imaginaire à une flaque d’eau, par Issac Cordal.


Donner une dimension imaginaire à une flaque d’eau, par Issac Cordal.


De la pluie… à ciel ouvert que l’on peut voir les gouttes d’eau tombantes arrêtées comme si le temps est suspendu par une geste divine. Une installation de l’artiste de Chicago Stacee Kalmanovsky.
Bon, j’en mets un peu… C’est une idée vieille comme le monde, mais c’est intéressant de l’exploiter dans une oeuvre d’art qui accapare l’espace : suspende des objets et la multiplication pour faire oublier un peu les fils qui sont visuellement « dérangeants ».


Un concept d’intérêt, mais la dimension de la « toile » est nettement insuffisante. Beaucoup trop petite. Avant l’apparition des feuilles, le carré blanc fait un bon contraste avec les branches foncées, donnant ainsi une vue tranchante. Dès que l’arbre commence à faire ses feuilles, la toile blanche perd son sens. La bidimensionnalité du tableau se camoufle sous le feuillage de l’arbre. Ce dernier donne tout son élan pour une présence enveloppante, dominante et luxuriante. Le dialogue entre le vivant et l’inerte, le transformant et le figé, devient graduellement un monologue. Car la présence de l’un des deux acteurs s’estompe.


Une installation de bobines de tissu enroulées autour d’une structure baptisée «Sous le Baobab» est construite à l’extérieur du Southbank Centre à Londres pour la durée du Festival du Monde qui se déroulera du 1er juin au 9 septembre 2012.
La prise de vue d’une image change considérablement notre perception d’une installation. Les éléments environnants sur la 2e photo de ce baobab ramènent l’installation à échelle plus accessible et humaine. La photo d’installation figure sur laquelle l’un des deux créateurs, Mike De Butts, nous donne un sentiment vertigineux de l’arbre artificiel même si nous savions tous que la hauteur d’une échelle n’était pas la tour de Babel, soit assez limitative. Néanmoins, notre cerveau humain ne peut franchir les limites de notre condition humaine : hauteur, chute et perception.

Fouillis ou structure, ou encore, fouillis et structure. Une chose est certaine, il n’y a aucune exagération et les images parlent. Tout est perception.
L’art est une création des humains et il est à l’image du comportement humain, soit quelque part entre l’ordre et le chaos.
Une oeuvre de Jaakko Pernu.


Dans une forêt, les arbres, les feuilles et les mousses nous donnent ce sentiment que la nature dure depuis toujours.
Le Land Art, c’est bien plus qu’une étiquette de l’histoire de l’art ou une catégorie d’œuvres éphémères. Il y a des œuvres, comme celles-ci, qui peuvent nous faire oublier le temps d’un instant, la présence du lieu. Les oeuvres Land Art les plus réussies arborent souvent des schémas les primitifs avec poésie et simplicité qui épousent au lieu physique, le In situ, comme l’arbre est pour la forêt et la forêt évoque l’arbre.
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.
De qui ? Baudelaire. Et l’oeuvre ? Sylvain Meyer.



De la couleur et des voitures… si l’on se fie à cette image sans borne, on dirait que c’est une immense scène.
Mais, détrompez-vous! Cette installation est de petite taille et ce n’est amusant qu’à faire sourire : les Jouets ou Arc-en-ciel, de David T. Waller.
Parfois en face de certaines choses qui nous laissent entrevoir la grandiose, il faut voir leur déploiement pour se faire une idée concrète; toucher la matière pour palper le concret, et scruter le résultat en écoutant le discours. On dirait qu’aligner des voitures jouets peinturés procure peut-être une satisfaction comme le bonheur qui n’est pas toujours grandiose, semble-t-il. Pour le reste, c’est comme la vie. Ce n’est que des petites choses qui s’alignent et la vie donne cette impression de longueur à faire effrayer plus d’un.

Vous connaissiez sans doute l’histoire de rois mages qui remarquèrent l’apparition d’une étoile nouvelle avant Noël. Ils suivirent l’étoile et ils se retrouvèrent près de la mer Morte. Puis, ils le perdirent de vue. Vous connaissiez la suite, n’est-ce pas?
En passant, on dirait que les rois mages sont de vraies cruches. C’est quoi l’idée d’aller voir Hérode, un roi placé sur le trône par les Romains, pour lui demander s’il savait de la naissance de « roi des Juifs » ?
C’est carrément un cadeau de grec qu’ils apportèrent à Bethléem. On devrait bannir les trois rois mages de la fête de Noël. Pensez-y, on ferait une pétition sur Facebook et on leur donnerait chacun un bonnet d’âne.
Voici une représentation moderne de trois rois mages à la recherche de l’enfant divin… au bord de la mer Morte. Regardez, ils ont l’air complètement perdus!

Des êtres de différentes époques reproduisent à répétition certaines formes comme s’ils suivent tous une tracée divine qu’ils connaissent tous et chacun, de génération en génération, cette voie sans nom, mais reconnaissable à tous dans cette nature que l’on craint et chérisse.
Des formes qui obéissent à la beauté d’un équilibre intérieur; des forment qui répondent au dynamisme transcendant que tous reconnaissent leur puissance, mais nul ne peut expliquer leur sens; des formes qui naissent dans la nature comme toujours, elles possèdent un code secret à l’image d’un génome indéchiffrable à l’oeil nu.
Bon, ce soir, de structure durable à l’art éphémère nous amène à une oeuvre que l’on qualifie de land art éphémère qui prend pour modèle une forme qui se trouve dans la nature: le sillon des cercles concentriques dans l’eau.
Une oeuvre de l’artiste Roger Dautais, peut-être, vous le connaissiez déjà et avoir vu l’une de ses images de land art éphémère.

Un déménagement difficile, un moment latente et une présentation douteuse.
Un déménagement difficile… on dirait que l’on fait une vente de bazar pour débarrasser des objets accumulés depuis des années mais le tout dans un chic lieu lumineux.
Un moment latente… nous cherchons, cherchons et cherchons des idées depuis quelque temps et nous dirions qu’au crue de la vague, les pieds touchent le fond de la mer.
Une présentation douteuse… une expo du célébrissime Maurizio Cattelan au Guggenheim dans laquelle on présente dans ce montage quelque 120 oeuvres.
Selon Yves Klein, la beauté d’une oeuvre d’art telle que l’on perçoit existe à l’état invisible dans l’univers. La tâche de l’artiste consiste à la révéler à ses semblables sous forme de création artistique en matérialisant les forces cosmiques. Ainsi la beauté devient perceptible à nous. Si vous trouviez qu’il y a une saveur Nouvel Age dans cette théorie. Il se pourrait que vous aviez raison. Yves Klein est mort au début des années 1960. Il est du mouvement Nouveau réalisme.
L’être humain en a périodiquement soif de nouveauté, non?
Aujourd’hui, nous ne parlons pas de l’art de Klein mais de l’architecture de l’air de l’artiste britannique Alan Parkinson. Un concept artistique au sommet d’une gigantesque organisation récréative. D’immenses chapiteaux gonflables interconnectés et multicolores intitulés Mirazozo, dans lesquels on marche, observe, se détente, imagine, se recueillit. Mirazozo, gonflé et coupé du monde d’extérieur, laissant ainsi la lumière pénètre par ses minces parois translucides, créant un monde d’ombres et de lumières le temps d’une expérience sensorielle humaine, seule ou en groupe.
Si nous avons commencé en mentionnant la théorie artistique de Klein, laissez-nous en terminant ce petit billet en vous disant que l’architecture des lieux de culte a toujours été une schématisation de la quête de Dieu. L’espace des chapelles, églises et cathédrales, découpé et délimité par de colonnes, arches, parois, murs, vitraux entretient d’innombrables chemins invisibles au goût de chaque époque. Il n’a d’autre but que de permettre à l’esprit humain de mieux accéder à un état purifié, pour un ultime salut.
Voilà, de l’architecture de l’air.




Image : EPA / Herbert Knosowski
Ils sont deux artistes, Bonk Rainer et Berta Maria Reetz. Au total, une centaine de moutons blues, faits de résine polyester, broutent l’air des villes européennes. Ils sont arrivés sur la Place du Château, Schlossplatz, à Berlin. Les boutons blues font partie d’un projet de tolérance.
Depuis 2010, bien de villes les invitent à venir faire un tour chez eux. On les accueille avec engouement. Le troupeau de moutons bleus passe le temps d’une journée au pied d’institutions ou de bâtiments prestigieux pour promouvoir la tolérance, la paix et le «vivre ensemble». N’est-ce pas une belle carte de visite, joliment illustrée, de se faire connaitre auprès des touristes? Plusieurs achètent, pardon, adoptent l’un de ces moutons résistant aux intempéries de l’artiste pour une modique somme de 130 euros, à la fin d’une journée d’exposition.
Souveniez-vous des flamants roses en plastique dans les jardins? Le message fait toute la différence quand un artiste connait le «besoin» de notre époque.
Bonne semaine!