Au Québec, depuis quelques jours, on parle abondamment des ratés de la Réforme Marois, débats, discours, colloques, manifestations, reportages et autres. On réclame un moratoire parmi les opposants de la réforme du système éducatif québécois. De quoi parle-t-on? On parle des compétences transversales versus les connaissances générales, du rôle des enseignants, de l’objectif d’apprentissage des apprenants… Eh oui! nous n’avons plus de malades par chez nous, mais des « bénéficiaires du système de soins », nous n’avons plus d’élèves, mais des « apprenants » dans les écoles. C’est très bien tout cela. C’est également très noble de réfléchir sur l’avenir de nos enfants comme d’autres le font pour l’avenir de notre planète. On peut même gagner un prix Nobel en défendant la noble cause de l’environnement.
L’échange d’idées sur un sujet comme l’éducation est sain. Il est le fondement de toute société démocratique et progressiste. Mais, il existe un fâcheux problème comportemental chez les humains. Comme dans le cas de l’environnement, après avoir dilapidé les ressources naturelles et consommé avec excès génération après génération, on se dit un bon matin en se levant, « Tiens donc, il faudrait bien que je prenne soin de la Terre qui a l’air malade. Bon, je vais apprendre à mes enfants à recycler, à ne pas gaspiller et à être consciencieux…» Hélas! Nous sommes en 2008.
Et nous? Nous les artistes après avoir rêvassé toute la semaine dans nos ateliers, que réfléchissions-nous un dimanche après-midi en ce début de février 2008? Pas grande chose. Nous pensons à Peggy et de son désir d’apprendre à dessiner un paysage. Hier soir, après que nous fûmes repus de vin, de pain et de la soupe au caillou. Nous avons eu une longue discussion animée autour du sujet : comment expliquer à Peggy à faire un paysage.
Le sujet est vaste. Si l’on commence par l’histoire de l’art, ça prendrait grosso modo quelques années. Si l’on veut décortiquer le climat, les ciels, l’eau, les arbres, les édifices, les fleurs et autres, cela prendra toute une vie, du moins une décennie. Peggy aura alors vieilli et elle aura d’autres préoccupations, comme son premier baiser, son premier enfant, la vaisselle à laver, peut-être même de l’arthrite aux doigts!
Si l’on commence par les médiums, pierre noire, pastel gras ou sec, plume, crayon, fusain ou autres, on enrichit les marchands de matériaux avant même que Peggy trace le premier trait du paysage à dessiner. Nous ne voulons pas ça! Nous souhaitons que Peggy devienne comme nous, des gens qui rêvassent.

Donc, nous avons cru bon de prendre quelques oeuvres de Van Gogh pour illustrer comment dessiner un paysage. Pourquoi Van Gogh? Parce que tout le monde le connaît ou presque. Est-il un Maître incontesté du paysage dans l’histoire de l’Art? Non, loin de là! A-t-il écrit un traité sur l’art du paysage qui peut servir comme livre de chevet à Peggy? Pas du tout, il a écrit beaucoup de lettres à son frère, pas utile pour apprendre à dessiner un paysage.
Bon, allons-y et commençons par le commencement.
Étape 1 – Choisir les « acteurs » de votre paysage
Les « acteurs » dans un paysage sont les nuages, les étoiles, les arbres, les édifices, les humains, les fleurs, etc. Peggy, à vous de choisir un ou deux acteurs, maximum trois qui joueront le rôle principal ou la structure de votre dessin à faire. Ensuite, vous donnez le rôle de soutien aux autres acteurs de votre paysage. Finalement, le reste, des figurants. Attention! Dites-vous que vous n’avez pas le temps de vous préoccuper de leurs expressions faciales, mais ils sont là pour donner de l’ambiance à votre paysage. SVP, à ne pas les négliger! Comment? C’est dans l’étape 2.
Vous devez diriger vos acteurs principaux avec tact. Donc, il faut bien les dessiner, les chouchouter et les dorloter en temps et lieu. N’oubliez pas que les vedettes, c’est capricieux! Comment les contrôler pour éviter qu’ils ne vous rendent pas folle? Ça, Peggy, c’est à l’étape 3!

Étape 2 – Comprendre le vide et le plein dans un paysage
Mais, qu’est-ce que le vide et le plein dans un paysage? Très compliqué et très simple. Les artistes classiques orientaux sont des maîtres théoriciens incontestés. Peggy, si vous êtes intéressée par le vide et le plein comme concept, lisez le Vide et plein de François Cheng. Les artistes occidentaux, eux, ils se sont intéressés tout autant au vide et au plein, mais davantage dans la représentation : Breughel, Poussin, Friedrich, Tiepolo, Turner, Constable, Corot, Monet, Cézanne, Moran, etc.
Donc, le ciel, les champs, les montagnes, l’eau, la neige, la pluie et autres jouent à la fois le vide et le plein. Il faut alors du dosage pour obtenir le dynamisme et l’harmonie dans un paysage. Afin que vous puissiez mettre en valeur vos « acteurs » principaux. Vous devez analyser le paysage, faire déplacer vos acteurs si nécessaire, leur donner une intensité en fonction du vide et du plein de votre paysage à dessiner. La réalité, c’est le dessin mais pas la réalité elle-même.

Étape 3 – Donner de la personnalité à votre paysage
Deux approches, la Nature nous offre une infinité de nuances. Peggy, vous pouvez vous fier uniquement à la Nature, ou d’ajouter votre personnalité propre au dessin. La première approche demande un bon sens de l’observation. La seconde, l’affirmation de vous-même! Mais peu importe l’approche que vous préconisiez, il faut apprendre à travailler le relief, le motif, la valeur et les traits. Car c’est le vocabulaire du dessin et la base de tout art pictural. Si vous ne le maitrisiez pas, votre oeuvre en souffrira.
En guise de conclusion, la qualité picturale des trois Van Gogh cités ci-dessus est inégale, l’Église d’Auvers-sur-Oise est excellente, les deux nuits étoilées ont des qualités mais également des défauts. Une oeuvre de Van Gogh dont la qualité est discutable? Même si les experts prétendaient le contraire. Peggy, selon vous, pourquoi?