Semble-t-il que les amateurs de chasse, les amants cruels de la nature se dissimulent un peu partout dans nos forêts québécoises en attente de leur proie. Il ne fait pas un peu frette (québécisme : froid), mes sieurs les chasseurs? Vous êtes fous!
Aujourd’hui, de l’art animalier, deux images de chasse.
Le sujet semble banal, mais la réalité est tout autre. Des peintres de toutes les époques le pratiquent, on s’adonne allègrement à peindre chien, chat, lièvre, agneau, cerf, lion, tigre et autres. Des exemples n’en marquent pas, surtout dans les musées européens. D’ailleurs, tout le monde connaît un peintre ou deux qui affectionnent l’art animalier dont les autres ne savent même pas leur existence. Parmi les artistes connus, nous ne pouvons ignorer les Chardin, Rubens, Delacroix, Géricaux, Goya, Vélasquez, Degas, Bacon…
Oups! Nous avons presque oublié celui-là, Hirst.
Même si Hirst est un sujet récurrent sur ce blog, c’est quand même la première fois que nous mettons en perspective deux images de chasse de façon dichotomique. Soyez rassuré, pas d’image de chasse à la Hirst aujourd’hui.
Aujourd’hui, deux images de chasse de nature opposée. Elles sont de deux époques, de deux styles, de deux représentations du visible, mais d’une composition similaire comme les jumeaux de la louve.
D’abord, le plus renommé des peintres québécois, Jean-Paul Riopelle, chasseur invétéré de son vivant, être passionné, artiste d’une intensité sans pareil. Son tableau, abstrait. Le second tableau, réaliste, par un artiste français. Nous sommes convaincus que peu le connaissent, pas plus pour nous-mêmes, François Desportes. Nous l’avons découvert en écoutant le débat des chefs entre Charest, Dumont et Marois.
Ouf! Quelle lutte de ruelle… de mots!


Êtes-vous surpris? Nous ne parlons pas du débat des chefs, mais bien de ces images que nous qualifions de chasses de gibiers? L’une est une évidence, mais l’autre l’est beaucoup moins. Attendez, le loup est caché!
Allons-y! Décortiquons-les ensemble.
D’abord, une sombre «forêt» en arrière-plan, située à gauche, notamment. Un «sujet» qui représente le carnage d’une chasse au centre, la lutte s’amorce du côté gauche du tableau, en forme de boucle ovale. Dans le tableau de Riopelle, la boucle est légèrement dressée. Ça va? Vous nous suivez? Si vous trouvez ce billet d’une platitude à proscrire, laissez-nous savoir. Nous traiterons d’autres sujets la prochaine fois. Vous nous êtes précieux! Pas de chance à prendre.
Nous continuons.
Environ une sixième de la surface du bas des deux tableaux représente l’«avant-scène» entre vous et le sujet central du tableau; le ciel dans le tableau de Desportes apporte de la profondeur au paysage de sa scène de chasse. Une ligne diagonale invisible traverse le tableau du coin de ciel bleu au coin inférieur gauche du tableau, aux couleurs terre brûlée et ocre, en passant par une combinaison de pattes de chiens, l’oeil du cerf et son bois. Une ligne diagonale, également présente chez Riopelle pour les mêmes effets recherchés, soit de faire voyager votre regard sur les trois plans du tableau : l’avant-scène, le sujet et l’arrière-plan. Dans le tableau de Riopelle, il n’y a pas de ciel clair, mais de couleur sombre. Comme son tableau de chasse est moins haut, donc juste un peu de sombre forêt ténébreuse et funeste à la place.
Finalement, un «corridor vertical» situé à la droite du tableau, une zone neutre et secondaire. Dans le tableau de Riopelle, des giclements de peinture blanche verticaux et ciselés délimitent ce «corridor de circulation» pour les déplacements de votre regard. Chez Desportes, le ciel, l’arbre au loin et l’avant-scène sont traités avec moins d’éclat.
La tension des deux scènes de chasse est palpable. Chez Riopelle, si nous ne voyons point de bête féroce ou de victime innocente, la brutalité d’une lutte acharnée demeure à finir tout comme chez Desportes. Sauf, sur cette seconde image de chasse, tout est visible. De la décrire avec des mots, ce serait de trop. Si vos yeux avaient besoin de répit, fatigués par l’acharnement de la meute de chiens sur le désespoir sort du cerf, le ciel paisible au loin et les tendres feuilles printanières sont là pour un effet d’évasion momentanée de votre esprit agité. Tout est prévu par un artiste qui maitrise les préceptes de l’art animalier de l’autre époque.
Un peu long ce billet, ne le trouvez-vous pas? Coupons!
Le tableau de Jean-Paul Riopelle, adjugé pour 1,4 million de dollars lors d’une vente de la maison d’encan Heffel, mercredi dernier dans la Ville reine. Il est intitulé Sans titre ou Composition 2, date de 1951 et mesure environ 1,3 sur 1,6 mètre.
La toile de François Desportes, Cerf aux abois, classée trésor national de la France, faisant partie d’une série de six, ou peut-être même de sept toiles à sujet de chasse, commandées pour décorer le nouveau cabinet du roi Louis XV. Desportes en a peint quatre et Jean-Baptiste Oudry trois. Les trois autres tableaux de Desportes sont Un sanglier coiffé par deux lévriers, Un retour de chasse et Un loup attaqué par six chiens.
Savez-vous quoi, Philanthropie? La France sait au moins comment protéger son patrimoine culturel… par de dispositions législatives, le Cerf aux abois, est demeure sur le territoire français, c’était arrivé en 2004.