Textes et images - février 2011

 

Le toucher

Lundi 28 février 2011

De l’art pour vous toucher, Read by touch, de l’artiste Cui Fei.  Ou, si vous préfériez d’une citation de Paul Valéry pour accompagner cette oeuvre sur papier : la peau est ce qu’il y a de plus profond en nous.

art du toucher

Améliorer son ouïe

Dimanche 27 février 2011

améliorer l'ouïeDe l’art à l’amélioration de l’ouïe… ;-)

Il s’appelle Stelarc. Il a fait greffer une oreille sur son avant-bras en 2010 et il a présenté une performance à Montréal, à l’Université Concordia.

Sa troisième oreille dotait d’un micro et connecté par bluetooth. À la suite d’une infection, il a fait retirer le micro.

Si le corps de Stelarc est un site d’expérimentation au fil de sa carrière d’artiste, et bien, sa personne en est une représentation de l’autorité des institutions… Récipiendaire du Prix Ars Electronica, catégorie « Hybrid Arts », Stelarc est aussi le directeur d’un programme qui s’appelle « Performance Arts » à la Brunel University West London et le chercheur-boursier principal des MARCS Auditory Labs de la University of Western Sydney.

Au cas où vous êtes intéressé par le réalisme de l’oreille en question, ce serait une structure… qui permet aux cellules de la peau de pousser à l’intérieur. Avec le temps, l’oreille devrait finir par faire biologiquement partie de son bras.

Oeil assisté par ordinateur

Samedi 26 février 2011

Une autre longue absence. La régularité du blog en prend un méchant coup.

Bon, un petit billet d’interlude : l’art du 6 sens…

Nous sommes tombés par hasard sur cette nouvelle dite scientifique qui se trouve dans un recoin d’une page de journal. La « Puce phénix « , tellement petite qu’elle peut être implantée dans les yeux des patients atteints de glaucome. Le senseur permet de surveiller la pression des fluides dans le globe oculaire. Les bénéficiaires de cette avancée technologique n’ont à rencontrer leur médecin qu’une fois par semaine, car l’on télécharge les informations grâce à un lien radio.

En lisant cette nouvelle, nous éprouvons un petit pincement au coeur pour cet artiste que nous avons parlé dans le billet précédent, Wafaal Bilal. Fait-il de l’art? Ou, est-il un précurseur du monde futur ou un simple apprenti qui propose une expérimentation de son corps au nom de l’art? Car il y a à peine une certaine forme de représentation dans ce qu’il a présenté sur le net au sujet de son 3e oeil.

oeil ordinateur

Oeil caméra

Mardi 15 février 2011

3e oeil, de Wafaal Bilal

Wafaal Bilal, surnommé par ses élèves new-yorkais le « Professeur Tête de caméra », est l’artiste américain d’origine irakienne qui a défié le scepticisme général en implantant une caméra sur l’arrière de son crâne. Évidemment, tout le monde en parlait de son projet de performance jusqu’à tout récemment. Au début du mois, son corps a rejeté l’oeil numérique implanté. Pour être précis, à cause de la douleur constante causée par la base de sa caméra, en titanium, insérée entre son crâne et la peau

Cette délicate opération permettant à Wafaal Bilal de fixer la caméra à l’arrière de sa tête avait été réalisée chez un tatoueur de Los Angeles. Si! Une spécialité que l’on appelle le Body Art.  Pour contrer la douleur constante, Wafaal Bilal avait tenté de se traiter avec des antibiotiques et des stéroïdes.

La performance est intitulée le « 3rd I ». Il s’agit d’une oeuvre commanditée faisant partie d’une exposition au nouveau musée d’art contemporain – Mathaf du Qatar, L’exposition avait débuté en décembre avec une installation comportant des images en direct de la caméra-crâne de Wafaal Bilal.

Êtes-vous curieux ou le genre, il faut voir pour y croire? ;-) voilà son site.

oeil caméra

Bonne saint-Valentin

Lundi 14 février 2011

Bonne Saint-Valentin

Peinture Pin-up d’Al Buell, Real Cute; texte d’Ovide, L’art d’aimer.

…les paroles agréables sont l’aliment de l’amour. C’est par des querelles que la femme éloigne son mari, et le mari sa femme : ils croient, en agissant ainsi, se payer d’un juste retour. Permis à eux : les querelles sont la dot que les époux s’apportent mutuellement. Mais une maîtresse ne doit entendre que des paroles aimables. Ce n’est point par ordre de la loi que le même lit vous a reçus; votre loi, à vous, c’est l’amour. N’approche de ton amie qu’avec de tendres caresses, qu’avec des paroles qui flattent son oreille, afin qu’elle se réjouisse de ta venue.

Ce n’est point aux riches que je viens enseigner l’art d’aimer : celui qui donne n’a pas besoin de mes leçons. Il a toujours assez d’esprit, s’il peut dire, quand il lui plaît : « Acceptez ceci.»  Je lui cède le pas : ses moyens de plaire sont plus puissants que les miens. Je suis le poète du pauvre, parce que, pauvre moi-même, j’ai aimé. À défaut de présents, je payais mes maîtresses en belles paroles. Le pauvre doit être circonspect dans ses amours; le pauvre ne doit se permettre aucune invective; il doit endurer bien des choses qu’un amant riche ne souffrirait pas. Je me souviens d’avoir, dans un moment de colère, mis en désordre la chevelure de ma maîtresse. Combien cet emportement m’enleva de beaux jours ! je ne crois pas, et je ne m’aperçus point que j’eusse déchiré sa robe; mais elle le prétendit, et je fus obligé de la remplacer à mes frais. Ô vous, plus sages que votre maître, évitez ses fautes, ou craignez comme lui d’en porter la peine. Faites la guerre aux Parthes, mais soyez en paix avec votre amie; ayez recours à l’agréable badinage et à tout ce qui peut exciter l’amour.

Avez-vous bien assimiler cette leçon d’Ovide? Bon, il nous reste donc à vous souhaiter une bonne Saint-Valentin!

Se défendre contre Amour

Dimanche 13 février 2011

Jeune fille se défendant contre ErosJeune fille se défendant contre Éros… ou contre Amour. ça pourrait être une scène de genre intitulée Soeur ainée jouant avec son petit frère. Le seul hic, ils sont nus.

Une peinture de la fin 19e siècle, par Bouguereau. Une autre courante artistique de cette époque: un académisme suave, mais un art pratiqué avec justesse et acuité.

Comme notre monde a tant parlé des artistes du mouvement Impressionnisme les dernières décennies, cela donne cette impression qu’autres que les impressionnistes, les autres préoccupations du monde artistique du 19e semblent être vieillottes, dépassées et sans intérêt. Pourtant, l’imagerie destinée au grand public de notre temps s’inscrit plutôt dans la continuité de cet art dit académique que celle de l’Impressionnisme.

Amour massif

Samedi 12 février 2011

Amour, cupidon ou ÉrosEst-ce par hasard l’Éros qui tue…? Tassez-vous! ;-)

Blague à part, nous le trouvons fort amusant cet Amour massif moderne à l’image d’une effigie en cire. Il y a eu dans l’histoire, une panoplie de représentations de ce personnage symbolique, d’Éros au petit cupidon aux cheveux bouclés et dorés, en passant par le dieu romain Amour. Ça fait toujours sourire de voir un homme de cette taille se déguise en Amour.

En parlant de Gérôme, d’ailleurs, le choix d’inclure un cupidon dans son Pygmalion est très discutable, à notre humble avis. Saviez-vous que Gérôme, peintre académicien par excellence, opère un changement radical dans ses sculptures en intégrant de la polychromie à la fin de sa vie? Sa dernière œuvre sculptée, Corinthe, est la plus spectaculaire de son travail. Le Musée d’Orsay l’a acquis dans une vente aux enchères chez Sotheby’s Paris le 25 juin 2008 pour 456,750 euros.

Amour fantasmatique

Vendredi 11 février 2011

Un tableau de fin de carrière de Gérôme, peint durant la période où il s’est orienté dans la sculpture. L’histoire d’amour fantasmatique entre Pygmalion et Galatée, est racontée dans Métamorphoses d’Ovide. Pygmalion, l’artiste sculpteur de Chypre, se souhaite une femme aussi belle que la sculpture qu’il a créée, Galatée. Gérôme illustre le moment où  la déesse Aphrodite donne vie à Galatée. Mais dans cette interprétation de Gérôme, c’est le cupidon qui a apporté la magie à cette histoire d’amour. Gérôme a également peint deux autres tableaux du même sujet sous des angles différents. Une sorte de transition entre la pratique de la peinture et celle de la sculpture. La signature de l’artiste « JL Gerome»  est marquée sur la base de la sculpture qui fait une fois de plus la dualité peinture et sculpture.

On a tort de stigmatiser l’oeuvre de Gérôme dans un étiquetage de peintures académiques et orientalistes. Or, l’oeuvre de Gérôme monte un art maîtrisé à la perfection, une subtilité soutenue de son propos artistique et une éthique du métier d’artiste qui témoigne l’art de toute une époque.

amour fantasmatique

Argument d’avocat

Jeudi 10 février 2011

Aujourd’hui, de l’art académique du peintre Gérôme, une autre façon de montrer le corps de la femme ou pour l’amour du nu académique. À la fin du 19e, Phryné suscite un engouement imaginaire chez des artistes. Mais l’intérêt pour cette femme est tout aussi excessif au temps des grecs. Donc, pour ce 10 février, rien de moins que la plus belle courtisane antique qui a pour amants des hommes les plus distingués de son temps. Nous n’en citons que trois, le plus célèbre, le sculpteur antique Praxitèle; le peintre Apelle, moins connu, mais non le moindre; sans oublier l’orateur et avocat Hypéride qui a défendu la cause d’impiété de la Belle.

Phryné, prostituée célèbre et riche, accusée d’impiété ou d’attentat à la pudeur, Hypéride plaide la cause de Phryné, à court d’arguments, il enlève la tunique de la Belle. Les juges saisissent par sa beauté et l’acquittent.

Une anecdote wiki amusante pour terminer ce billet.

Elle est célèbre par ses tarifs élevés : selon le poète comique Machon, elle réclame une mine pour une nuit. Le scholiaste du v. 149 du Ploutos d’Aristophane mentionne le prix extravagant de 10 000 drachmes, soit un talent. Cependant, toujours selon Machon, son tarif varie suivant ses humeurs. Elle accumule de telles richesses que, selon le grammairien Callistrate, elle aurait offert de rebâtir les murailles de Thèbes, abattues en 336 av. J.-C. par Alexandre le Grand, sous réserve qu’on y grave l’inscription : « Détruites par Alexandre, rebâties par Phryné, l’hétaïre ». L’offre aurait été refusée.

Voilà! La nudité, l’argent, la célébrité et l’amour antique.

argument d'avocat

Couleur du mois de février

Mercredi 9 février 2011

Plusieurs idées… toutes inachevées. Rien que cette image, témoin d’un instant de notre humanité à la couleur de ce mois de février : jeune garçon pakistanais tenant un ballon en forme de coeur debout dans une ruelle d’un quartier pauvre de près d’Islamabad. Photo de Muhammed Muheisen.

enfant pakistanais, ballon en coeur

Ange d’amour au chien

Mardi 8 février 2011

Ange d'amour pour un chienUn ange d’amour pour les chiens… une sainte de la cause désespérée des animaux abandonnés. :-)

Elle a tout ce que nous vous avons parlé ces derniers jours : jeune femme nue au chien, ange au torse nu et aux ailes, sainte à l’aréole…vertueuse et tout. Elle se dénude pour une cause réelle, les souffrances des animaux.

On dirait que c’est Cesar Millan – l’homme qui parle aux chiens – qui s’adresse aux humains… Sauvez une vie en adoptant un animal du refuge pour animaux et toujours donnez à vos animaux compagnons l’amour et les soins qu’ils méritent. Mais Cesar Millan, si vous le connaissiez, il dirait : discipline, exercice et affection. Il n’anthropomorphise pas.

Excusez-nous, nous nous égarons encore.

La nudité est une recette gagnante pour attirer l’attention. Ça, tout le monde le sait. La question qui se pose est si les hommes hétéros se présentent-ils en plus grand nombre au refuge pour animaux en voyant cette pub de PeTA? Sinon, par hasard, est-ce un comportement social par accoutumance pour la nudité?

Dans le fond comme l’on dit, c’est la faute des artistes, surtout ceux qui sont renommés qui ont contribué à faire de la nudité du corps de femme un jugement du beau. Y a-t-il quelqu’un qui est contre le « beau », ou la vertu?

Voilà! Personne.

Jour 8, une jolie jeune femme se déshabille au 21e siècle pour l’amour des animaux, un peu d’argent et un tantinet de glamour. Comme la jeunesse et la beauté sont éphémères, quand on a le corps d’une déesse, c’est un don de la nature. Peut-on la blâmer de donner à la société son ROI – Return On Investment?

Mise à nue pour ses chiots

Lundi 7 février 2011

Amour pour les chiotsNous croyions qu’il nous faudrait un certain temps avant de revenir sur l’art de Fragonard, quand le contexte se prêtera à nouveau à nos divagations sur l’art de la peinture. Car la première fois que nous avons parlé de Fragonard sur ce blog remonte à 2007, au premier mois de l’existence de ce blog. C’était pour l’exposition « Les Plaisirs d’un siècle » au musée Jacquemart-André.

Mais le terme « belle enfant » de l’avant-hier est resté accrocher sur notre âme sensible d’artiste. Si, vertueux et tout, avec une auréole. S.V.P.! La voyez-vous?

Voilà. C’est bien, hein. ;-)

Ô tant de moulins à vent! …Pardon! Tant de géants à abattre… c’est grandement servir Dieu que de faire disparaître si mauvaise engeance de la face de la terre. Allons, Sancho Panza!

Aujourd’hui, c’est cette belle enfant à moitié nue tenant tendrement contre elle deux chiots qui a apporté de l’eau au moulin. Une fille qui a tant d’amour à donner à ces divines créatures abandonnées par leur mère canine. Touchant, n’est-ce pas?

Mais bon sang! Comment expliquer la logique de cette jeune fille au visage à peine pubère qui dénude son torse pour des chiots qui s’appuient contre elle comme Romulus et Rému qui tâtonnent les mamelles de la louve nourricière?

De la logique pour une lecture pondérée de cette image? Aucune. Des images suggestives? Par contre, nombreuses.

Du cadeau que faisait la déesse Isis aux hommes du Nil à la promesse de Dieu à Moïse de mener son peuple vers un pays ruisselant de lait… et de miel, une seule explication : c’est de l’art au service des hommes libertins, entre l’amour et le sexe, seul le point de vue diffère.

Sur une note moins caricaturale, au début du 17e, malgré sa nature provocatrice et son art clair-obscur naturaliste, Le Caravage ne peut se soustraire des thèmes mythologiques et religieux, des sujets sérieux, pour repousser les limites de l’acceptable. Peindre un adolescent au sexe bien visible sous les traits de l’ange Amour n’est pas acceptable mais compréhensif. Un prétexte bien déguisé. Au temps de Fragonard, 100 ans plus tard, les mœurs de la société avant la Révolution sont déjà favorables à ce qu’un amateur de peinture de Fragonard ou un commanditaire de l’artiste accroche chez lui un tableau montrant une jeune fille nue aux chiots qui, soit disant en passant, peut être sa fille ou une jeune fille de son entourage. Nous ne croyons pas que le 18e siècle soit un temps où les femmes jouissent d’une telle liberté sexuelle, mais bien l’idée que les hommes conçoivent de la nudité du sexe opposé.