Textes et images - janvier 2010

 

Leadership défaillant

Samedi 30 janvier 2010

Head One, Cai Gui QiangCe soir, quelques photos de cette oeuvre de l’artiste chinois Cai Gui Qiang que nous ayons parlée l’autre jour, appelons-la du leadership défaillant.

Non?! Quand un chef de direction amène sa meute à l’anéantissement, n’est-ce pas une manque totale de vision dans le monde des hommes ? ;-)

Nous sélectionnons trois images pour vous donner un aperçu, l’amorcement, l’envolée et la chute. Vous convenez peut-être avec nous que c’est une approche peu souhaitable de regarder une oeuvre d’installation de tel ampleur. Mais, même si vous pouviez voir ce type d’oeuvre dans sa disposition physique, encore là, certain espace muséal dans lequel elle a été présentée ne valorise point cet élan de la fatalité. Ce fut le cas pour le Guggenheim de New York, à cause de son plafond d’une hauteur limitée et son aire d’exposition en spirale. Par contre, les voitures de Cai qui scintillent de petites lumières néons bénéficient grandement l’espace central de Guggenheim lors de son exposition en 2009.

En passant, le vrai titre de cette oeuvre de meute de loups est « Head One », 2003.

Lleadership défaillant

meute de loups dans une oeuvre d'artPhotos : Mathias Schormann

Image d’un leader

Vendredi 29 janvier 2010

Image d'un leaderL’image d’un leader a une valeur publicitaire plus importante que le leader lui-même lorsque l’on vise à vendre un produit au public qui souhaite apporter une touche de leadership à son image.

Installé au coeur du Times Square au début de l’année par Weatherproof un panneau de pub sur lequel Barack Obama apparait emmitouflé dans un manteau, semble-t-il, de marque Wartherproof. L’image est intitulée « Un leader de style ». La Maison Blanche a refusé l’initiative non autorisée.

La photographie originale a été prise sur la Grande Muraille de Chine, lors du premier voyage officiel du président Obama en Chine.

Obama sur la Grande Muraille de Chine

Le temps

Jeudi 28 janvier 2010

Ce soir, le temps. Le tic tic tic continu. Les battements de coeur de notre humanité. En fait, nous voulions prendre du temps à rien faire, prendre congé pour donner du temps à ce début de rhume de s’extirper de nos sinus atrophiés et obstrués. Nous nous demandons si un billet de plus peut réellement changer de quoi à notre petit blog d’artiste. Si nous écrivions, c’est simplement pour satisfaire notre désir de ne pas rompre la séquence.

- Tiens, le 28 janvier 2010, pas de billet. Mais bon sang! Que faisions-nous cette journée-là, pourquoi rien? C’est terrifiant quand nous pensons à notre Numéro Un qui fait son inquisition dans quelques années. Ouf! Nous avons des sueurs, et les membres tremblent.

Publier un billet, c’est comme pour se donner un repère pendant que le temps coule doucement, pour le faire figer un moment. Bien que le temps n’accélère point sa cadence.

En fait, nous avons plusieurs idées pour ce billet ce soir, mais à la fois rien de tangible. Un peu comme la plupart des journées dans une vie. Faut vivre pour avoir la vie en espérant que le meilleur est à venir. L’importance des actions n’est pas dans l’action, mais le sens que l’on y confère. Créer, c’est comme vivre, autre que le sens véritable des oeuvres, il n’y a qu’une enveloppe, plus ou moins vide.

Obama

L’avez-vous écouté, le discours d’Obama? Avez-vous lu les journaux ce matin? Peut-être, vous avez zappé les analyses des commentateurs politiques sur la performance d’Obama à la tévé. Si vous lisiez encore ces lignes, vous êtes vraiment un indéfectible de notre blog. ;-) Nous, nous l’avons écouté, ce discours, jusqu’à la fin. Nous doutons que Zack comprenne, peut-être à quelques brefs moments, ses yeux roulaient. Est-ce un signe de compréhension? Un début de conscience?

Ah oui! Le discours! C’était un peu long comme au cinéma lorsque l’on regarde sa montre pour savoir depuis combien de temps le film est commencé. C’est l’un des discours le moins inspirants d’Obama que nous avons écouté. Pas d’envolées lyriques « Yes We Can» . C’est un discours d’administrateur conciliant, c’est un discours mosaïque, un peu de tous pour tout le monde. Un discours comme la vie, pas toujours ponctuée de faits saillants mémorables. Il n’y a plus d’étincelles pour allumer mille et un espoirs parmi son auditoire, mais que de réalités à concilier. Il n’y a plus de « nous allons changer la bureaucratie à Washington» , mais l’espoir du lendemain de la veille : faut négocier, faut pas décevoir le peuple, faut abandonner la partisanerie, etc. Obama est toujours intéressant à écouter. Car c’est un être vrai qui se trouve dans l’habit de politicien, le président des États-Unis.

Saviez-vous quoi? Le temps joue contre Obama. Dans un mandat présidentiel de quatre ans, il y a trois pour gouverner. Et la derrière? C’est pour se préparer à l’élection présidentielle. Obama est à sa 2e année. C’est l’année pour retirer ses fantassins d’Irak, pour faire passer la réforme de la Santé et pour un début de création d’emplois. Il espère sans doute une reprise forte de l’économie américaine pour la 3e année et le retour de la prospérité en Amérique . La 4e année d’une présidence, c’est comme l’âge d’Or dans une vie. Avant d’espérer un 2e mandat, la renaissance, du travail à tous les instants, ce dont Obama a évoqué lui-même récemment

Ceux qui font le « temps»  la ligne conductrice de leur création artistique savent bien que ce thème est aride à explorer sans une trame narrative qui soit capable d’exalter l’âme humaine. Vous connaissez l’oeuvre de Monet? Il ne parle pas souvent de l’aspect formel du temps dans sa peinture comme des artistes modernes, mais pour éviter sombrer dans une contemplation béate devant l’oeuvre de Monet, il y a une quatrième dimension inhérente à regarder dans cet art aux couleurs chatoyantes que sont gares, cathédrales, nymphéas… le temps.

À travers ses tigres fléchés à la manière d’un Saint Sébastien martyrisé, ses envols de loups écrasés devant un muret vitré, ses voitures explosées,  l’oeuvre de Cai Guo Qiang séquence le temps, et fige les instants inopportuns.

Temps

Tigre fléché

Tigres, le temps

Tigre ArtImages : Eric Swanson

Mois de l’histoire des Noirs

Mercredi 27 janvier 2010

Mois de l'histoire des NoirsRécemment, l’effigie de la Première Dame des États-Unis Michelle Obama s’est jointe à celle de son célèbre mari chez Madame Tussauds. Hier, les deux statues prennent part des célébrations à New York pour souligner le début du Mois de l’histoire des Noirs aux États-Unis.

Vous ne le savez peut-être pas, ce soir, le président Obama pro- noncera son discours sur l’état de l’Union à Washington. Ce sera intéressant maintenant d’écouter le ton qu’il emploie durant son discours et l’orientation qu’il se donne pour la 2e année de son administration, surtout après que les démocrates ont échappé leur 60e siège au Sénat, laissé vacant à la suite du décès de Ted Kennedy.

Revenons sur la ressemblance de ces statues de cire, que l’on soit artiste ou pas, devant de tel réalisme, un seul mot : Wow!

Mais derrière cette saisissante ressemblance, du travail colossal d’une équipe d’artistes talentueux assistés par des équipements sophistiqués à la fine point de la technologie que le public ne voient jamais. Nous ne savons pas si les statues de cire chez Madame Tussauds sont considérées comme étant des oeuvres d’art. On dit souvent que l’art dévoile l’invisible au public par du tangible. Il y a donc une chose qui est sûre chez Madame Tussauds, tout est visible.

Effigie de cire des Obama

Voiture d’art environnemental

Mardi 26 janvier 2010

Chaque époque produit des artistes à l’image de son temps. Seul un petit nombre entre eux devient des témoins de l’esthétisme et des aspirations de leurs contemporains par une production artistique soutenue et transcendante.

Cette voiture d’art… euh, environnemental, agglutinée d’objets plastiques fondus, faisant peut-être référence à la surconsommation de la vie moderne, à l’urgence d’actions concrètes par rapport au réchauffement climatique, ou encore, à l’appel d’une conscientisation… mais de quoi et de qui?  Vue à la Biennale de l’art contemporain de Tokorozawa, au Japon.

Deviendrait-elle un auto artistique, une oeuvre représentative de notre époque? Nous en doutons un tout petit peu. :-|

Voiture d'art environnementalImage : Creative Commons, par mocrowalrus

Véhicule d’idées

Lundi 25 janvier 2010

Merci à Pirchirinarmor pour ses instructifs et divertissants textes sur Faust!

Ce fut agréable cette pause inattendue durant laquelle nous avons eu quand même le plaisir de trouver les quelques images pour accompagner leur publication.

Bon, ce soir, un retour sur le thème d’automobile en reprenant le clavier. Encore de la voiture! ;-)

Devant une œuvre, autre que d’apprécier son côté décoratif, il est essentiel pour une œuvre de qualité d’être véhicule d’idées en permettant une lecture autre que la contemplation. Ainsi, l’œuvre d’art s’échappe de l’emprise du beau… de faire la belle – pour éviter la confusion avec le Beau de Kant. Rappelez-vous sans doute de nos deux précédents billets sur le thème voiture? L’une des deux voitures, malgré qu’elle soit sur un piédestal du sanctuaire culturel que représente un musée, elle n’a ni valeur, ni signification qu’une simple voiture suspendue même si l’on se tortille quelques neurones pour lui trouver un sens; l’autre, bien qu’elle soit identifiée comme étant un objet de consommation, son enveloppe luxuriante et rutilante attire de regards admiratifs.

Chute d'autos - Cai Gue-Qiang

Devant ces véhicules suspendus, pour des connaisseurs d’autos, on arrive facilement à identifier la marque et le modèle des autos utilisés par l’artiste contemporain chinois Cai Guo-Qiang. Lors de son passage au Guggenheim, la disposition de cette oeuvre est bien différente de ce que les Québécois qui l’ont vu au Centre d’exposition de Shawinigan. L’espace muséal du célèbre musée new-yorkais conditionne son accrochage. Le vrai point de mire de cette oeuvre, tel que pensé par l’artiste, n’est ni dans la chute des voitures, ni dans la représentation de l’automobile, mais bien l’explosion. Ses véhicules ne sont qu’un vecteur d’idée, bons pour leur dimension archétypale qui permet à une connexion à la réalité du public de son époque.

L’artiste peut, pour créer, partir d’une préoccupation personnelle, mais s’il ne trouve pas de véhicule à son idée pour accéder à la réalité de la perception de son public. Son œuvre verra peut-être le jour, mais elle mourra à brève échéance au même titre d’un objet de consommation. Une fois usé, bon pour la ferraille.

Pluie d’or sur Staufen

Dimanche 24 janvier 2010

Par Pirchirinarmor

Portrait de Faust, peintre anonyme du 17eL’homme qui obtint la gloire à titre posthume et qui fit pleuvoir une pluie d’or sur Staufen et bien d’autres bénéficiaires…

Le sorcier Faust prétendait fabriquer de l’or à partir de rien (pourquoi pas d’une sordide histoire) : c’est fait. Les recettes des dizaines de livres, représentations théâtrales et autres films ont dû atteindre un certain chiffre entre temps… et faire la fortune, tant matérielle que spirituelle, de plus d’un artiste ou éditeur…

Quant à Staufen, elle tire de la visite de la maison de Faust, fièrement ornée d’une magnifique plaque commémo- rative et du tourisme faustien de belles recettes… Le contrat passé avec Anton von Staufen a finalement été honoré. A titre posthume… Le contrat ne mentionnait peut-être pas de délais ?

… Staufen, une ville entre les griffes du démon ? Hantée par le fantôme de Faust ?

Staufen est une ville très engagée dans la protection de l’environnement. Et lorsque le conseil communal décide en 2006 de réhabiliter l’hôtel de ville, elle décide de faire appel à la géothermie pour son chauffage. Ce qui fût dit fût fait : sept puits de forage sont creusés dans la terre par un spécialiste autrichien…

Et c’est la catastrophe ! Des fissures apparaissent dès 2007, plus de 200 maisons sont entre temps toutes lézardées…

Les scientifiques prétendent que les forages ont mis l’eau de la nappe phréatique en contact avec une couche de gypse de Keuper de 75 mètres d’épaisseur, Guillaume Geefs, Diable/Lucifer (Cathédrale Saint-Paul de Liège)et que la réaction de cette dernière avec l’anhydrite entraîne une augmentation du volume de ce gypse. C’est la raison pour laquelle la terre, à Staufen, se soulèverait chaque mois d’environ un centimètre. Ce qui fait 20 centimètres en tout depuis lors, sachant que le processus de gonflement se poursuit…

Les impies ! Les mécréants ! Nul ne pense qu’il n’est pas bon d’aller remuer les entrailles de la terre, où l’on dit que se trouve le royaume des enfers… là où repose Faust…

Histoire, rêve, mythe, réalité… ne s’entremêlent-ils pas dans le lacis inextricable d’un monde d’illusions ?

(Fin)

Gloire littéraire & Naissance du mythe

Samedi 23 janvier 2010

Par Pirchirinarmor

Gloire litteraire & Naissance du mytheJohann Heinrich Wilhelm Tischbein, Goethe dans la campagne romaine, 1786

La gloire littéraire et la naissance du mythe de Faust

L’Historia von Johann Fausten est traduite en anglais en 1593. Elle est reprise par l’homme de théâtre Christopher Marlowe puis par Johann-Nicolaus Pfitzer (1674) et Gotthold Ephraim Lessing (1759).

Mais c’est Johann Wolfgang von Goethe, grand voyageur et lecteur, qui récupère l’histoire d’origine, la détourne complètement de sa destination et de son sens, et crée un fabuleux mythe littéraire en trois éditions successivement remaniées (1749 – 1790 – 1832). Et qui inspirera une foule d’écrivains et d’hommes de théâtres (Friedrich Maximilian Klinger, Adalbert von Chamisso, Thomas Mann, Alexandre Pouchkine, Christian Dietrich Grabbe, Nikolaus Lenau, Heinrich Heine, Ivan Tourgueniev, Alfred Jarry, Michel de Ghelderode, Paul Valéry, Jean Giono, Fernando Pessoa, Thomas Mann et bien d’autres), de musiciens d’opéra (Berlioz, Gounod..) et plus récemment de cinéastes et même de dessinateurs de bandes dessinées et créateurs de jeux informatiques.

Un qui doit bien rire de son paradis ou de son enfer, c’est Faust. Obscur escroc dans la vie, éternel et génial escroc dans la mort, quel homme!

(Partie 5, demain)

Les débuts du mythe de Faust

Vendredi 22 janvier 2010

Par Pirchirinarmor

Les débuts du mythe de Faust : une machination politique de l’Eglise

L’histoire du vrai Faust prête à sourire. Quel faux docteur de la conquête de l’ouest est devenu le héros d’un mythe universel ? L’histoire de Faust n’aurait jamais dû quitter le domaine des faits divers…

Il n’en fut pourtant rien. Pourquoi ? Et bien parce que l’Eglise catholique s’est emparée de l’affaire !

Car la Renaissance est une grave période de crise métaphysique et religieuse, économique, politique et sociale. Une époque fascinante et formidable de géants. Et une époque de cauchemar pour l’Eglise catholique. Pensez : un obscur astronome polonais du nom de Copernic affirme que son observation des mouvements des corps célestes dans le ciel permet d’affirmer que la terre fait partie d’un système de planètes tournant autour du soleil. Qu’elle est une sphère flottant dans le firmament alors que tout le monde sait qu’elle est plate !!! Pire, un maudit navigateur génois appelé Christophe Colomb, persuadé que cela est vrai et possédé par le démon, découvre un nouveau monde oublié par Dieu dans sa dictée de la Bible. Un autre navigateur non moins impie, le portugais Magellan, démontre définitivement que la terre est ronde en en faisant le tour. L’allemand Luther, le français Calvin, le Suisse Zwingli et toute une série de prédicateurs anglais s’élèvent contre les abus de l’Eglise, sa richesse, son hypocrisie et le trafic des indulgences et prêchent, dans leurs barbares langues de sauvages qui sont une injure à la noble langue latine, la révolte contre l’autorité sacrée de la sainte Eglise, apostolique et romaine ! L’Angleterre est schismatique à cause de la lubricité de son roi, l’Allemagne et la France sont à feu et à sang, les médecins déterrent les cadavres pour les disséquer et un satané français nommé Ambroise Paré va jusqu’à décrire dans un long ouvrage et par le détail les observations faites dans les cadavres humains !!!

Trop, c’est trop ! La science attaque et bafoue l’autorité des docteurs de l’Eglise, versés non pas en astronomie ni en médecine, mais dans la connaissance supérieure des saintes écritures. Le philosophe Giordano Bruno va même jusqu’à les traiter de canassons encapuchonnés, de bourriques et d’ânes coiffés de mitres ! Enfin celui-là au moins, on s’en est occupé. Il a compris…

La coupe est pleine. Et l’Eglise réagit. A travers le concile de Trente et la création de la compagnie de Jésus bien sûr. Mais elle fait aussi feu de tout bois. Et lorsqu’un obscur zélateur du catholicisme tombe par hasard sur la rubrique nécrologique badoise et y retrouve le nom de Faust, il lui vient une idée de génie : voilà l’occasion rêvée de jeter le discrédit sur les savants et les scientifiques. Tous des impies possédés par le démon !!! La preuve !!!

La méthode ? L’amalgame : Faust est classé parmi les vrais savants et universitaires, ce qu’il n’a jamais été. Le but est de créer l’image du savant fou ayant maille à partir avec le démon. En 1587 parait un écrit anonyme Historia von Johann Fausten… un texte de propagande catholique contre les scientifiques…

Mais toute cette embrouille va déraper de façon inattendue…

(À suivre demain, Partie 4)

Democritus, le geographe
Diego Velazquez, Democritus/Le Géographe, 1628-29

Le vrai Faust : un obscur charlatan

Jeudi 21 janvier 2010

Par Pirchirinarmor

Le Dr. Faust a bel et bien existé. De cela les historiens sont sûrs. Ils sont en revanche moins assurés sur les étapes de sa vie.

Il s’appellerait Johannes Faust et serait né vers 1480, on ne sait où. Il aurait étudié les sciences et la philosophie et peut-être enseigné un certain temps à Cracovie (Pologne) ou à Erfurt (Thuringe). Sans doute s’adonnait-il à l’occultisme et à l’alchimie, très à la mode à cette époque pleine de contradictions. Et peut-être que ses mœurs étaient dissolues. Assurément, il n’a cessé de mal se faire voir, par exemple de Luther et de Melanchthon, et s’est fait renvoyer de toutes les universités pour mauvaise réputation. Il semble alors avoir mené une vie d’aventures et cherché à vendre à qui voulait bien le croire des prestations… surnaturelles. D’où sa réputation sulfureuse de nécromancien (homme versé en magie noire).

Car il n’est certes pas une célébrité à l’instar des universitaires et des savants de son temps. Mais plutôt un obscur charlatan. Un aventurier et un imposteur doublé d’un vil escroc. Si on veut se faire une idée du vrai Faust, il faut imaginer ces faux docteurs (et vrais charlatans) qui vendaient à prix d’or, à la grande époque de la conquête de l’ouest, des élixirs miraculeux et des panacées universelles à qui voulait bien gober leurs bobards. En attendant de devoir quitter les villes où ils avaient sévi, couverts de goudron et de plumes.

Quant à Faust, sa réputation parvient finalement aux oreilles du comte de Staufen, une petite ville de Bade. Ce seigneur a des soucis en cette époque troublée par les guerres et l’insécurité, d’inflation et de crise économique. Les caisses de l’État sont vides, il faut les remplir, par tous les moyens. Au comte aussi crédule que désespéré, Faust promet monts et merveilles : il connaît le secret de l’or, il en fabriquera à partir de vils métaux ! Quelle merveille que l’équilibre budgétaire, et combien d’États ne rêveraient pas, de nos jours encore, de rencontrer leur Dr. Faust ?

Le comte le croit, lui fournit gite, laboratoire et subsistance. Au grand dam de ses sujets, qui regardent d’un œil suspicieux cet étrange personnage à la barbe impressionnante, vêtu d’un habit aussi noir que l’âme qu’on lui prête. Un nécromancien, qui s’entretient toutes les nuits en privé avec le démon !

Un beau jour de l’an 1538 à 1541 (car il y a incertitude sur la date), un bruit assourdissant vient troubler la quiétude de habitants de Staufen, déjà au bord de la crise de nerfs : le faux savant a fait un mélange hasardeux de substances, et son laboratoire vient d’exploser. Un accident qui lui coûte la vie, puisqu’on découvre dans les décombres le cadavre du docteur « atrocement mutilé » et « la tête à l’envers ».

De là à en conclure que le démon a fini par venir réclamer son dû, il n’y eut qu’un pas vite franchi… D’autres affirment qu’il aurait été arrêté pour sorcellerie, jugé et brulé vif sur une place publique de la ville de Staufen.

(3e partie, demain)

Vrai Faust, un obscur charlatan
Félicien Rops, la Tentation de Saint-Antoine, 1878

Une belle histoire fantastique…

Mercredi 20 janvier 2010

Par Pirchirinarmor

C’est le soir. Une petite pièce sombre sous les combles. Des murs en crépis percés seulement d’une petite ouverture bouchée par des culs de bouteille en verre épais, laissant à peine passer la faible lueur d’une lune blafarde. Puis, on ne voit plus au centre de l’image que le visage ridé d’un vieillard à la barbe grise impressionnante, faiblement éclairé par la flamme chancelante d’une bougie. Ses yeux bleus sont vitreux, ses paupières gonflées et alourdies par les ans. Dans la pénombre, on aperçoit des grimoires, des livres et des parchemins répandus dans toute la pièce.

Au soir de sa vie, ce vieillard à l’article de la mort fait le bilan de sa vie. Or ce bilan le remplit d’amertume et de regrets. Il est, certes, un professeur renommé et respecté de l’université de céans. Et toujours il a respecté les règles qu’imposent aux hommes respectables les mœurs et les usages des bonnes gens, et les commandements de la religion. Mais le fait d’avoir consacré ainsi sa vie aux études dans le strict respect de toutes les convenances lui a fait oublier de vivre. Il n’a connu ni les jouissances de la vie, ni les avantages de la fortune, ni même les douceurs de l’amour.

Et il le regrette. Mais que faire, puisque tout est fini ? C’est là que naît brusquement en son âme, lorsqu’au paroxysme du désespoir il décide d’en finir une fois pour toute, une violente révolte contre le destin. Il veut repartir à zéro, tout recommencer, tout faire différemment. « Et pour cela, » hurle-t-il, « je suis même prêt à signer un pacte avec le diable ».

Le malin entend tout. Et nul n’invoque impunément son nom. Devant les yeux écarquillés du vieillard surgit un beau jeune homme richement vêtu d’un habit écarlate. Un jeune homme qui lui déclare s’appeler Méphistophélès. Qu’il est de Lucifer l’humble ministre plénipotentiaire et qu’il peut exaucer tous les vœux justement exaucés : avoir une seconde chance et vivre une seconde vie. Une vie où le vieillard fera ce qui lui plaira grâce à la présence cachée, à ses côtés, de Méphistophélès en tant que son serviteur délégué par Satan… et garant du contrat à conclure en échange de ces bénéfices. L’objet du contrat ? Trois fois rien : la vente, par son contractant signant de son sang, de son âme au diable à l’échéance de 24 ans.

Et voilà le signataire convaincu embarqué dans une folle aventure. Dans cette Allemagne de la Renaissance, en l’an 1540 de notre seigneur. Dans les bas-fonds de la cave d’Auerbach à Leipzig, toute assourdie des beuglements des étudiants ivres, au milieu des ribaudes de la ville. Sur le mont Blocksberg, la nuit même de Walpurgis où toutes les sorcières de l’Empire viennent danser le Sabbat et s’accoupler bestialement avec Satan en personne. Puis il surgit, dans ce chaos, le visage de Gretchen (Marguerite). Une jeune fille pure dont il devient fou amoureux, mais qu’il déshonore par son amour pourtant vrai, puisqu’il ne peut plus – en maudit qu’il est – connaître d’amour sincère. Cette tragédie coûte finalement la vie à l’un et à l’autre, qu’ils aillent en enfer ou au paradis, selon les versions.

Ce « héros », vous l’avez reconnu sans peine : c’est le fameux Dr. Faust, héros d’un des plus grands mythes de la littérature universelle. Une belle histoire qui interpelle chacun sur le sens de la vie, sur la question des choix qu’on y fait, sur la morale, le destin, l’amour, la mort… L’Allemagne nazie et l’apocalypse nucléaire ont été réputées « hantées par le visage de Faust ».

Mais au fait Faust et son histoire ? C’est une invention où une réalité ?

Et bien un peu des deux. Et cette question est certes bien embrouillée.

(Suite, demain)

une belle histoire
Luis Ricardo Falero, la Vision de Faust, 1878

Buick LaCrosse 2010, suspendue

Mardi 19 janvier 2010

Zack est malade depuis quelques jours. C’est surprenant qu’il ne soit pas déshydraté encore. Ce fut mouvementée la nuit dernière et le sommeil écourté. Ça s’annonce tout aussi difficile cette nuit. Pôvre petit chou! En passant, nous allons laisser cet espace à un nouveau collaborateur, Pirchirinarmor, au cours des prochains jours. Avant que nous prenions cette pause inattendue, encore un billet sur la voiture.

On l’appelle « objet de consommation », modèle 2010. Pour les connaisseurs, une Buick LaCrosse 2010. Y a-t-il de l’art dans celle-ci? Il en a un peu, beaucoup et assurément. Vue au Salon international d’automobiles de Détroit.

À notre retour, dans quelques jours, nous vous parlerons du Tea Party, illustré, bien sûr. Également du tigre fléché, terrifiant! Du cadavre dans l’art. De Madame Tymochenko, si, encore! Des voitures et encore des voitures comme oeuvres d’art… nous étions inondés d’idées lumineuses tout à l’heure en ramassant les dégâts à Zack comme si une lumière divine nous traverse.

Étrange… :-| Voilà.

Buick LaCrosse
Photo : John F. Martin/General Motors via Getty Images