Jeff Koons, artiste contemporain, célèbre pour son art du kitsch format monumental. Jeff Koons, adorateur de Salvador Dalí, peintre de formation au Maryland Institute of Art, apprenti de la culture du monde financier à Wall Street avant sa carrière artistique et finalement, artiste connu depuis les années 1980 et aujourd’hui reconnu mondialement.
Vous souvenez-vous des années 1980? C’était le début de l’évolution du capitaux-communisme en Chine : s’enrichir en misant au rancart momentanément l’idéologie politique; c’était aussi la fin agonisante de l’URSS qui a connu un peu plus tard la Perestroïka et la Glasnost. En Occident, c’était le début des années Reagan et Thatcher… Mulroney au Canada. C’était l’alliance de la révolution conservatrice pour le libre marché, la privatisation et la déréglementation qui nous a légué ce krach d’abord boursier, ensuite financier et maintenant économique.
L’émergence de Koons date de ces années-là. Sa réussite artistique est loin d’un calque du modèle de Factory d’Andy Warhol que l’on semble affectionner à répéter. Considérer Koons comme étant une continuité de la mouvance artistique de Warhol ou le renouveau du Pop’Art est comme regarder l’évolution de l’art contemporain dans un rétroviseur. L’art contemporain depuis les années 1980 est en grande partie financier. L’art de Koons a atteint sa pleine maturité grâce au monde financier effervescent de New York. À la même manière, les Yaung British Artists dont fait partie Damien Hirst ont pris leur envol sous la protection du publiciste Saatchi&Saatchi qui a fait fortune durant les années Thatcher, dans un Londres devenu le centre financier du monde. La réussite artistique de Koons a été ensuite confirmée par les énormes capitaux que faisait circuler le marché d’encan d’oeuvres d’art, particulièrement depuis la fin des années 1990. Cette fois-ci, s’ajoutent dans les rangs de collectionneurs des nouveaux milliardaires chinois et russes.
Comme artiste, Koons a innové le concept de la création artistique : l’artiste ne travaille plus seul, ni en groupe artistique ou informe, mais agissant en entrepreneur; l’idée artistique est secondaire; le processus de création n’est plus fait d’étapes isolées : explorer une démarche artistique, chercher l’inspiration d’une expression, élaborer une idée, essayer de représenter son monde imaginaire, mettre en place un concept visuel, peaufiner son oeuvre, construire peut-être même un discours et évidemment, tenter de vendre en dernier lieu son oeuvre pour un « toi marchand, moi artiste, 50-50 » Voyez-vous, c’est long de les énumérer, imaginez maintenant un peu en mode réalisation… de la misère noire ou quoi?!

Image : Librado Romero/The New York Times
Le modèle koonsien est principalement fondé sur trois phrases : la conquête de la visibilité auprès des gens influents à son début; ensuite, la mise en marché de quelques oeuvres vedettes et finalement l’exploitation. Il n’y a plus de « 15 minutes de gloire » à la Warhol. De nos jours, ce sont des topos de 15-30 secondes à la télé; une transformation en oeuvre d’art extraordinaire un objet ordinaire – le kitsch – en faisant appel aux spécialistes de la mise en forme; et, finalement, donner à la masse populaire le vertige d’un art réussi au plus solennel sanctuaire muséal, mais seuls les riches peuvent se payent un Koons. Le carnet de commandes de Koons fait assurément envie à bien de mégaconglomérats inscrits en Bourse qui tentent désespérément de fortifier leurs pieds d’argile au talon d’Archille, surtout en ce temps difficile.
Devenu l’artiste-entrepreneur, Koons dirige au lieu de bricoler; comme l’artiste-sculpteur, Koons nivelle vers le bas en symbolisme, mais il donne au kitsch ses lettres de noblesse à la manière d’un roi qui anoblissait un roturier. Avec Koons, le kitsch est rutilant, gigantesque et dispendieux.
Dans un insignifiant petit chien ballon que les amuseurs publics offrent aux enfants, c’est peut-être juste une clownerie amusante aux yeux d’un adulte. Sachez cependant que les quelques gestes transformant un petit ballon filiforme en un symbolique et adorable fidèle compagnon de l’Homme font jaillir toujours des yeux d’enfants étincelants mille éclairs.

Koons a su comment faire transformer l’ordinaire en art extraordinaire et le vendre aux milliardaires en quête de sens existentiel ou d’innocence perdue. Parmi ses collectionneurs et amis, un dénommé Français Pinault, notamment propriétaire du musée Palazzo Grassi et de la Maison d’encan Christie’s.
Quoi retenir à propos de l’art de Jeff Koons? Sulfureux, kitsch et richissime.
Bonne semaine! À demain, si Dieu le veut!