Par Francis Pelletier

Photo: The Kid, Charlie Chaplin
Il y a quelques jours, mon fils David a osé me poser LA question : Es-tu heureux? La vie nous conditionne à répondre OUI, avant même de prendre le temps d’y réfléchir… Aussi naturellement que BIEN suit presque invariablement : Comment ça va? Il y a des réponses qui ne répondent à rien d’autre qu’à un réflexe de survie, comme si elles ne voulaient courir aucun risque…
Il y a des réponses qui sont formulées pour neutraliser les questions et nous faire passer immédiatement aux suivantes. Il y a des questions graves que les réponses rendent banales. Il y a des questions qui ne peuvent tout simplement pas se répondre par un OUI ou un NON. Es-tu heureux? en est le parfait exemple.
Es-tu heureux? Ce n’est pas une simple question, c’est un véritable débat. Elle impose une profonde réflexion. La vraie réponse ne peut jamais se solder par OUI ou NON. Elle se situe quelque part entre les deux. Sur l’échelle du bonheur, OUI constitue la note parfaite de 10/10, alors que NON se situe tout au bas à 0/10.
Pour établir une réponse juste à cette question, il faut considérer une multitude de facteurs : la santé, le travail, la famille, l’amour, etc. Le niveau de satisfaction que l’on ressent pour chacun de ces éléments ne peut pas être le même. De plus, non seulement il varie de l’un à l’autre, mais il change pour chacun de nous chaque minute de notre vie. Sans compter que le degré de perception (et par conséquent, d’évaluation) d’une situation similaire peut varier de manière étonnante d’un individu à un autre… Certains d’entre nous jouissent d’un « seuil de bonheur » plus bas que d’autres et sont donc naturellement plus faciles à satisfaire. Ils sont plus heureux avec moins.
Y a-t-il des trucs ou des secrets pour réduire son propre seuil et élever sa cote du bonheur? Incontestablement. Lesquels? Ouvrez grand vos yeux, voici les plus efficaces : 1) remercier le ciel pour ce que l’on a plutôt que le supplier pour ce que l’on veut; 2) déguster le présent plutôt que régurgiter le passé ou saliver sur l’avenir; 3) attiser des attentes réalistes plutôt que s’enflammer pour des chimères; 4) compatir avec plus malheureux et sympathiser avec plus heureux que soi; 5) se rappeler qu’il y a toujours plus d’intérêt à investir sur l’être plutôt que sur l’avoir; 6) éviter de trop poser ou se poser cette question.
Souvenez-vous qu’à la « bourse du bonheur » comme à l’autre, indépendamment de tout ce que vous souhaiterez, penserez et ferez, il y aura inévitablement des hauts et des bas… contre lesquels vous ne pourrez rien ou plutôt si, une seule chose, la plus importante de toute, le passe-partout du bonheur : ACCEPTER… et s’accepter.
Comme mon fils attendait patiemment ma réponse à sa question, j’ai répondu, après quelques heures de réflexion : 8,2. Il m’a regardé d’un air interrogateur. J’ai promis de lui expliquer un jour, peut-être, si…
Je sais. J’ai souvent tendance à compliquer les choses simples. David ne voulait probablement pas savoir si j’étais heureux dans l’ensemble et connaître en pourcentage mes états d’âme. Il désirait seulement savoir si, avec un an de recul, j’étais content d’avoir plongé avec lui dans l’aventure du LOUNGE.
Cette question est tellement plus simple à répondre que l’autre… Ça frôle le OUI. Bien sûr, il y a eu des hauts à la baisse, des bas à la hausse, des idées fécondes, d’autres avortées, des rêves concrétisés, des craintes dématérialisées, des échanges enrichissants, des discussions passionnantes, des déceptions naturelles, des tapes sur l’épaule réconfortantes, des anecdotes suaves, des sourires contagieux et énormément de plaisir. Il y a eu des centaines de rencontres toutes plus intéressantes les unes que les autres avec des tonnes de gens, des fournisseurs, des clients, des passants, des penseurs, des frimeurs… Il y a surtout eu cette merveilleuse complicité, s’exerçant dans le quotidien, entre un père et son fils, qui canalisent leur énergie à développer un projet commun hors du commun. Finalement, il y a eu la vie, la vraie, dans ce qu’elle offre de plus distrayant, émouvant et abracadabrant.
C’est cette magie de la VIE et l’immense plaisir de nos retrouvailles que nous vous invitons à venir célébrer avec nous, à l’occasion du 1er anniversaire du «LOUNGE = mode + art + vitamines», le vendredi 17 avril à compter de 18 h.
Est-ce que je serai heureux de vous revoir? 10/10.