Textes et images - avril 2009

 

Jour de la Terre et sa compagne publicitaire québécoise

Mercredi 15 avril 2009

Pub Jour de la Terre, version Québec

Nul ne peut demeurer insensible à la vue de cette image de la campagne publicitaire québécoise pour le Jour de la Terre.

- Eh oui, déjà… sous peu. Dans quelques dodos.

Il est évident que cette image a été arrangée avec le gars des vues… d’ailleurs, ils en sont plusieurs derrière ça, dans le but d’éveiller notre sensibilité… si nous étions encore insensibles devant les colossaux défis climatiques à venir. Ô ces artistes… faiseurs de chimères! Cette pub du Jour de la Terre n’est qu’un leurre pour nous suggérer un avenir possible et plausible que l’humanité connaîtra tôt ou tard. Nous ne pouvons ignorer ces signes avant-coureurs du phénomène appelé les changements climatiques. Nous ne pouvons ni faire fi de l’épuisement des ressources naturelles de la Terre, ni effacer ce sentiment d’inquiétude que nous éprouvions face à la finalité, celle de la Vie et maintenant celle de cette planète bleue que nous habitons. Avec l’accélération du réchauffement climatique planétaire, cette première préoccupation humaine et existentielle trouve son écho dans la seconde, qui est tout aussi inévitable.

Le désir de sauver notre planète de ses maux est sensiblement le même que la médecine prolonge notre espérance de vie. S’il y a une question à laquelle nous devrions trouver, collectivement et individuellement, une réponse. Cette question ne devrait pas être à savoir si nous devions choisir entre l’environnement ou l’économie, ou encore, la consommation ou la préservation de la nature. Sachons que chaque époque a son enjeu, le nôtre n’est pas différent. La question n’est pas non plus si nous croyions en nos actions, mais bien le sens profond de ce que nous croyions.

Cette photographie pour le Jour de la Terre est une production d’Aventure Studio. Une création collective.

Le chien des Obama et le portrait de famille

Mardi 14 avril 2009

Il s’appelle Bo, le chien présidentiel tant attendu est arrivé officiellement chez les Obama hier. Sur le blog de la Maison Blanche, on peut lire le message In case anybody is wondering, Bo is a boy. Par la tournure de cette phrase, on dirait même c’est Obama lui-même qui écrit ça.

Rappelons que cette histoire de chien est une promesse électorale qu’Obama a faite à ses filles. Depuis son élection, Obama a toujours gradé l’Amérique informée. ;-)

Dès sa première conférence de presse. Obama avait alors confié en plaisantant que l’une de ses principales préoccupations était désormais d’offrir un chien à ses deux filles. Ensuite, lors d’une interview à ABC, Obama avait expliqué que la recherche du chien avait été « plus difficile que de trouver un secrétaire au Commerce ».  Si vous étiez trop occupé durant ce congé pascal et n’aviez encore vu aucune image de Bo. Bien, voilà!

Image de Bo Obama

En somme, une photo bien banale qui aurait pu être prise par n’importe qui à l’aide d’un téléphone cellulaire. Une scène circonstancielle où une famille se réunit autour d’un nouvel animal, objet du désir des enfants. La famille présidentielle au grand complet : Papa le président, Maman la First Lady, deux filles adorables et maintenant un animal d’affection… il y a aussi cette personne voilée par Michelle Obama.

L’engouement que notre époque a pour les émissions télé-vérités trouve tout son sens à la Maison Blanche depuis l’ascension de Barack Obama. Dans la cas des Obama, bien entendu, on parle de la transparence en communication et non du voyeurisme populaire. La mise en parallèle de ce phénomène social est facilement explicable par l’incursion en direct du public, par entremis de la télévision ou d’Internet, à la vie privée du président des États-Unis qui était, auparavant, beaucoup moins accessible et exposée.

Avant la télé et la photographie, la peinture était longtemps le médium par lequel des artistes nous livrent des scènes, autrement inaccessibles au public. Du point de vue formel de l’imagerie, il s’agit simplement de la représentation des espaces picturaux organisés pour livrer des témoignages tantôt intimes, tantôt historiques, bibliques ou autres.

Voyez-vous cette bulle d’espace que forme les Obama? Une brèche entre Michelle Obama et sa fille aînée nous permet d’assister à cette scène privilégiée. On appelle ce type d’image une scène de genre au 18e siècle. Ici, personne ne nous regarde. Nous assistons par entremise de cette photo à un moment de vie, privée, des Obama.

Voici maintenant un portrait de la famille royale française commandé par Marie-Antoinette dans le but d’améliorer son image de dépensière et d’insouciante auprès de la population parisienne de son époque : « Marie-Antoinette de Lorraine Habsbourg, reine de France et ses enfants ». La reine n’était pas aimée. Elle est représentée sans bijou au cou, entourée de ses enfants, dont sa fille aînée qui enlace son bras en signe d’amour et d’affection. De nos jours, on parlerait d’une compagne de pub pour renforcer l’image publique de mère de la reine.

Dans la version originale du portrait, un 4e enfant était présent. Le nouveau-né, a été effacé après son décès par l’artiste pour ne pas attrister davantage la reine en laissant ainsi la crèche vide.

Maintenant, voulez-vous savoir qui a pris cette photo des Obama?

- Erreur! Ce n’est pas la Belle-Mère de Barack Obama. ;-)

Il s’agit d’une photo de Pete Souza, un professionnel, photographe de la Maison Blanche… que l’on peut appeler le photographie présidentiel comme jadis des peintres du Roi.

Portrait de famille royale française
Par Élisabeth Louise Vigée-Le Brun, 1789

Es-tu heureux ?

Lundi 13 avril 2009

Par  Francis Pelletier

Es-tu heureux?
Photo: The Kid, Charlie Chaplin

Il y a quelques jours, mon fils David a osé me poser LA question : Es-tu heureux? La vie nous conditionne à répondre OUI, avant même de prendre le temps d’y réfléchir… Aussi naturellement que BIEN suit presque invariablement : Comment ça va? Il y a des réponses qui ne répondent à rien d’autre qu’à un réflexe de survie, comme si elles ne voulaient courir aucun risque…

Il y a des réponses qui sont formulées pour neutraliser les questions et nous faire passer immédiatement aux suivantes. Il y a des questions graves que les réponses rendent banales. Il y a des questions qui ne peuvent tout simplement pas se répondre par un OUI ou un NON. Es-tu heureux? en est le parfait exemple.

Es-tu heureux? Ce n’est pas une simple question, c’est un véritable débat. Elle impose une profonde réflexion. La vraie réponse ne peut jamais se solder par OUI ou NON. Elle se situe quelque part entre les deux. Sur l’échelle du bonheur, OUI constitue la note parfaite de 10/10, alors que NON se situe tout au bas à 0/10.

Pour établir une réponse juste à cette question, il faut considérer une multitude de facteurs : la santé, le travail, la famille, l’amour, etc. Le niveau de satisfaction que l’on ressent pour chacun de ces éléments ne peut pas être le même. De plus, non seulement il varie de l’un à l’autre, mais il change pour chacun de nous chaque minute de notre vie. Sans compter que le degré de perception (et par conséquent, d’évaluation) d’une situation similaire peut varier de manière étonnante d’un individu à un autre… Certains d’entre nous jouissent d’un « seuil de bonheur » plus bas que d’autres et sont donc naturellement plus faciles à satisfaire. Ils sont plus heureux avec moins.

Y a-t-il des trucs ou des secrets pour réduire son propre seuil et élever sa cote du bonheur? Incontestablement. Lesquels? Ouvrez grand vos yeux, voici les plus efficaces : 1) remercier le ciel pour ce que l’on a plutôt que le supplier pour ce que l’on veut; 2) déguster le présent plutôt que régurgiter le passé ou saliver sur l’avenir; 3) attiser des attentes réalistes plutôt que s’enflammer pour des chimères; 4) compatir avec plus malheureux et sympathiser avec plus heureux que soi; 5) se rappeler qu’il y a toujours plus d’intérêt à investir sur l’être plutôt que sur l’avoir; 6) éviter de trop poser ou se poser cette question.

Souvenez-vous qu’à la « bourse du bonheur » comme à l’autre, indépendamment de tout ce que vous souhaiterez, penserez et ferez, il y aura inévitablement des hauts et des bas… contre lesquels vous ne pourrez rien ou plutôt si, une seule chose, la plus importante de toute, le passe-partout du bonheur : ACCEPTER… et s’accepter.

Comme mon fils attendait patiemment ma réponse à sa question, j’ai répondu, après quelques heures de réflexion : 8,2. Il m’a regardé d’un air interrogateur. J’ai promis de lui expliquer un jour, peut-être, si…

Je sais. J’ai souvent tendance à compliquer les choses simples. David ne voulait probablement pas savoir si j’étais heureux dans l’ensemble et connaître en pourcentage mes états d’âme. Il désirait seulement savoir si, avec un an de recul, j’étais content d’avoir plongé avec lui dans l’aventure du LOUNGE.

Cette question est tellement plus simple à répondre que l’autre… Ça frôle le OUI. Bien sûr, il y a eu des hauts à la baisse, des bas à la hausse, des idées fécondes, d’autres avortées, des rêves concrétisés, des craintes dématérialisées, des échanges enrichissants, des discussions passionnantes, des déceptions naturelles, des tapes sur l’épaule réconfortantes, des anecdotes suaves, des sourires contagieux et énormément de plaisir. Il y a eu des centaines de rencontres toutes plus intéressantes les unes que les autres avec des tonnes de gens, des fournisseurs, des clients, des passants, des penseurs, des frimeurs… Il y a surtout eu cette merveilleuse complicité, s’exerçant dans le quotidien, entre un père et son fils, qui canalisent leur énergie à développer un projet commun hors du commun. Finalement, il y a eu la vie, la vraie, dans ce qu’elle offre de plus distrayant, émouvant et abracadabrant.

C’est cette magie de la VIE et l’immense plaisir de nos retrouvailles que nous vous invitons à venir célébrer avec nous, à l’occasion du 1er anniversaire du «LOUNGE = mode + art + vitamines», le vendredi 17 avril à compter de 18 h.

Est-ce que je serai heureux de vous revoir? 10/10.

Image de la rencontre mystique

Dimanche 12 avril 2009

- Hé Garçon! C’est un peu plus haut… ;-)

Jésus en Lego Christus, par Bertel Thorvaldsen Image : AP/Jonas Ekstromer

Ne trouvez-vous pas que cette image laisse penser à la rencontre mystique entre Jésus et Thomas? Pour être dans l’esprit religieux de la résurrection, nous devrions dire l’apparition du Christ à Saint-Thomas en lui invitant à toucher ses plaies.

Cette statue de Jésus-Christ mesure 180 cm de haut, entièrement construite en Lego. La création artistique et collective a nécessité au total 18 mois de travail à 40 paroissiens volontaires pour assembler les 30,000 blocs de Légo. La statue a été dévoilée à l’Église protestante d’Onsta Gryta à Vasteras, une ville suédoise. L’église qui a initié ce projet n’aurait pas reçu la même couverture médiatique s’il avait commandé une sculpture à un artiste. Signe des temps, le net a encore joué une fois de plus son rôle de diffuseur.

Ce Christ en Lego est une copie du Christus du sculpteur danois Bertel Thorvaldsen, né le 9 novembre 1770 à Copenhague, mort le 24 mars 1844.

Des idées fuyantes

Vendredi 10 avril 2009

Il y a ces moments où écrire est synonyme d’ordre, priorité et choix : un effort pénible.

Car sans une ordonnance de ces idées vagues et fuyantes, la priorité serait arbitraire et, le choix du sujet de nos billets, hasardeux. Si nous laissions aller ces idées qui surgissent de notre esprit comme un enfant émerveillé devant le spectacle des cumulus un jour venteux. Il y aurait mille métamorphoses instantanées qui défilent, mais de maigres souvenirs dans quelques jours. Comme quoi, l’exaltation procure peut-être un instant de bonheur, mais combien elle est néfaste pour le maintien du blogue. Des trous béants entre les posts. Car ces jours où nous nous égarons dans nos idées fuyantes, l’esprit en émoi et bien, rien pour le blogue.

En ce moment-ci, nous avons cet étrange sentiment de comprendre un autre lieu commun : Oh! Ces artistes… des rêveurs paresseux. Voilà! nous venons de comprendre un autre mystère de la vie d’artiste. Mon Dieu que nous sommes lucides maintenant!

Déjà la Semaine sainte, dans peu de jours, le mi-mois, et nos idées fuirent sans cesse dans le néant. Bon sang! Mais qu’y en a-t-il parmi ces idées fuyantes? :-|

Ben, nous avons pensé à l’écriture de Jack Kirouac et à ce que Delacroix pensait du croquis d’un grand sentiment aux productions les plus achevées en peinture.  Juste un tout petit siècle, un écrivain sorti de nulle part, de parents canadiens-français ou québécois si Kirouac est de notre époque. Il est devenu le leader de la beat-generation et a livré en quelques années des proses d’une grande liberté, écrites sur des rouleaux de papier, du début à la fin, sans arrêt. Des plus belles pages de la littérature moderne du 20é siècle.

Aussi, cette peinture de Soulages. Elle nous fait cogiter de long moment sur l’évolution de cet esthétisme fond/forme de la peinture du XXe et de ces artistes qui voulaient changer notre façon de voir la peinture… même la perception. Ils sont fous ces idéalistes. Comme si Dieu joue aux dès pour nous agacer. Paf! Tout d’un coup, l’Amérique nous a donné un Warhol : tenez, de l’art de la consommation pour vous! Savez-vous qu’il y a une grande exposition sur Warhol à Paris?

- Bon, d’accord, vous le saviez.

Évidemment, nous avons pensé aussi aux ténèbres de Rembrandt et au clair-obscur de Latour, et de cette excellente récite écrit par Guignard sur Georges de Latour. L’avez-vous lu?

- A…ah! Voilà. Nous vous ferons lire un passage la prochaine fois. Promis!

Un peu confus ce billet, n’est-ce pas? C’est ça les idées fuyantes, lumineuses pour un,  ténébreuses et embrouilles pour les autres.

En parlant de la noirceur et de la Semaine sainte, nous vous suggérons d’écouter les Leçons de Ténèbres de Charpentier cette fin de semaine, des chefs-d’oeuvre de l’art vocal. Que vous soyez croyant ou athée, vous comprendriez que 60 minutes sans lumière ne seraient qu’un bref moment avec les paroles de Jérémie et la musique de Charpentier.

Allons, nous terminons ce billet hasardeux ici et cessons de vous embourber dans nos histoires d’idées fuyantes. Pour vous! Les Sept aveugles de Pieter Brueghel l’Ancien pour agrémenter votre longue fin de semaine de Pâques.

- Fermez vos yeux quand vous écoutez Charpentier. C’est beaucoup plus lumineux.

Idées fuyantes

Ébauche d’une pensée artistique

Samedi 4 avril 2009

Il y a 155 ans passés, un 4 avril, Eugène Delacroix, peintre romantique par excellence laissait dans son célèbre Journal un passage qui résume, en quelque sorte, un idéal artistique en peinture de son époque. Nous le trouvons fort enrichissant, probablement tout autant pour ceux qui s’intéressent à ce qu’un grand artiste comme Delacroix pense un siècle et demi avant le nôtre de la peinture et de la relation interdisciplinaire en création.

4 avril. – De la différence qu’il y a entre la littérature et la peinture relativement à l’effet que peut produire l’ébauche d’une pensée, en un mot de l’impossibilité d’ébaucher en littérature, de manière à peindre quelque chose à l’esprit, et de la force, au contraire, que l’idée peut présenter dans une esquisse ou un croquis primitif. La musique doit être comme la littérature, et je crois que cette différence entre les arts du dessin et les autres tient à ce que les derniers ne développent l’idée que successivement. Quatre traits, au contraire, vont résumer pour l’esprit toute l’impression d’une composition pittoresque.

Nous pensons que Delacroix aurait pu être un peu plus précis… ;-) Quatre traits… ça pourrait être comme ceux-ci.

4 TraitsPar Lucio Fontana, Concetto Spaziale, 1959

Si Delacroix avait vécu au 20e, nous nous demandons ce qu’il aurait dit s’il prenait connaissance de l’évolution de la littérature ou de la musique contemporaine. Vous constaterez que Delacroix notait inconsciemment dans son carnet de ce 4 avril 1854, l’arrivée de l’Impressionnisme. Lui, qui est l’un des pionniers du mouvement romantique de la peinture française.

Même quand le morceau de littérature ou de musique est achevé quant à sa composition générale, qui est supposée devoir donner l’impression pour l’esprit, l’inachèvement des détails sera d’un plus grand inconvénient que dans un marbre ou un tableau; en un mot, l’à peu près y est insupportable, ou plutôt ce qu’on appelle, en peinture, l’indication, le croquis, y est impossible : or, en peinture, une belle indication, un croquis d’un grand sentiment, peuvent égaler les productions les plus achevées pour l’expression.

Pour accompagner ce moment de vie de ce grand artiste qu’est Delacroix, l’un de ses croquis préparatoires de son plus grand chef-d’œuvre, à notre humble avis, La Mort de Sardanapale.

Ébauche d’une pensée artistique

 Mort de Sardanapale