Textes et images - mars 2009

 

Entre l’Orient et l’Occident, que de poissons d’avril…

Mardi 31 mars 2009

Notre dernière divagation entre Une heure sans lumière pour la Terre, la rencontre fortuite avec l’Autobus-athée et l’égarement des besognes d’artistes, semble avoir laissé certains d’entre vous pantois. Nous ne saurions quoi dire. Il n’y avait, ni intention, ni visée. Au plus, quelques idées empressées, futiles et éphémères, alignées sous l’incitation d’un événement d’extérieur circonstanciel et tapageur.

Bon, pour ce billet-ci, nous nous esquivons derrière deux monuments dans l’espérance que leur présence vous fasse oublier notre dernier post et, à vous faire penser que nous sommes aujourd’hui le premier avril.

Quel lien? Dites-vous, peut-être. Nous l’ignorons, nous aussi. Peut-être, pour profiter de quelque chose, mais de quoi?

Poisson d’avril

Tout d’abord, de Lao Tseu. Si, encore lui. ;-)

Je suis seul. Immobile. Je parais démuni de tout, je parais ignorant, je parais abandonné, sans but, sans logis.

La multitude s’affaire à accroître ses biens. Moi seul ne possède rien. L’homme de la foule a des idées sur tout. Moi seul hésite. L’homme de la foule est actif, efficace.

Seul, je reste immobile. Je regarde sans voir. Mes pensées, égarées, m’échappent pour danser, dans les nuages et le vent, parmi les vagues de l’océan.

La multitude des hommes s’affaire, réalise, construit. Je demeure absent, délaissé, inutile.

Nous arrêtons là, après ça, ça se gâte… :-) La sagesse orientale entre en communion avec l’Univers. C’est comme le zen danse avec des dragons. Désolé, nous, nous chavirons avec ça. Mais, dans cet esprit de communion, voici, l’Autre des Sages, de l’Occident, qui cherchait toute sa vie la communion avec Dieu.

Qu’étiez-vous alors, ô mon Dieu, en qui j’avais commencé dès ma plus tendre jeunesse de mettre mon espérance? Où vous étiez-vous retiré; et comment se pouvait-il faire que vous vous tinssiez si loin de moi? N’étais-je pas votre ouvrage; et n’est-ce pas vous qui m’aviez donné cette nature si excellente, qui me relève si fort au-dessus de tous les autres animaux? Vous m’aviez donné une raison et un discernement qu’ils n’ont point : cependant, j’étais dans les ténèbres et dans l’aveuglement; et je marchais au travers des précipices. Mais comment aurais-je pu vous trouver, puisqu’au lieu de vous chercher dans mon coeur, dont vous êtes Dieu, je vous cherchais hors de moi; j’étais même tombé au plus profond de l’abime, puisque j’avais perdu jusqu’à l’espérance de trouver la vérité?

Une chance que saint Augustin soit déjà avec Dieu… nous l’espérons pour lui. Bon, maintenant, si Dieu n’existe probablement pas, se pourrait-il que notre présence dans cet univers soit un simple Poisson d’avril, de vaines chimères?

Doh! Profitons.

Extraits: Confession, Livre VI et Le Livre de la voie et de la vertu, Livre 20. 

60 minutes pour la Terre, apprenons à aimer la noirceur

Samedi 28 mars 2009

60 minutes pour la Terre

Depuis quelques années, si nous ne nous trompions pas, ça fait maintenant trois ans que l’association WWF organise l’opération «60 minutes pour la Terre». Pour les amateurs de lutte professionnelle, détrompez-vous! Ce n’est pas votre gang de comédiens pleins de stéroïdes qui organisent cette party de conscience planétaire, mais bien le World Wide Fund – un organisme international de développement durable, de protection de la nature et de l’environnement. WWF était anciennement World Wrestling Federation. Quand on lutte un jour, on lutte toujours. 8)

L’opération 60 minutes sans lumière a pour objectif de mobiliser, entreprises et particuliers, à éteindre leurs lumières pour prendre conscience de la consommation d’électricité en 1 heure et de montrer… ou de démontrer qu’il est important de réduire notre consommation pour lutter contre le réchauffement climatique. Noble geste. Mais, dites, pourquoi des adultes – contribuables de leur être, et des citoyens corporatifs – personnes morales de droit public, privé ou mixte, ont-ils besoin qu’on leur dise à ne pas gaspiller une ressource collective? Si nous pensions collectivement que ce geste en vaut la peine, pourquoi juste une fois par an? Au fond, nous voulons peut-être juste nous faire rassurer par la petite lumière vacillante que nous avons derrière nos yeux : vous êtes sur le bon chemin! Allez! Encore une petite cueillette de mian mian!

C’est fatigant cette petite lumière-là! Devrions-nous l’éteindre aussi ce soir en même temps? Juste 60 minutes…

Ce soir, lorsque nous nous prolongerez collectivement dans la grande noirceur pour prendre conscience de la quantité d’électricité consommée en 60 minutes, des êtes curieux comme nous tous, nous nous affairions évidemment à nos activités spirituelles comme la méditation, le yoga ou la création artistique. :-| Pour apporter notre humble contribution à l’humanité, nous les artistes méconnus, nous n’éteindrons pas nos lumières, car vous, vous le ferez pour tous, n’est-ce pas?

Nous, nous devons travailler pour arrondir notre fin de mois d’artistes. Si! Il nous reste encore 3 jours et demi en mars. Vous saviez peut-être, mais si vous ne le saviez pas, être artiste, c’est comme embrasser la foi. C’est pour toujours. En parlant de cette chose que l’on appelle la foi, l’autre jour, nous faisions rencontre avec un autobus qui nous disait que Dieu n’existe peut-être pas… le Salaud! Ça lui prend tout ce temps pour nous dire un matin d’hiver que Dieu n’existe peut-être pas, il faut profiter la vie. Ce fut la noirceur totale derrière nos yeux grand ouverts durant de longues minutes. Pourtant nous prenons l’autobus 5 jours par semaine. Ce matin-là, nous avions le goût d’abandonner le mécréant d’autobus!

Ce soir, entre 20h30 et 21h30, nous allons embrasser la poussière afin que la terre prenne forme et qu’elle se peaufine. Nous avons besoin de la lumière pour bien travailler, pour gagner quelques maigres sous. Car boire de l’eau claire n’affaiblit pas juste le corps, ce substitut alimentaire détériore aussi l’esprit. Vous l’avez constaté ici?!

Bon, en terminant ce post, nous pensons à vous. Nous vous laissons sur cette oeuvre d’un grand artiste du XXe, Pierre Soulages, l’une de ses «Lumières noires». Vous le connaissiez? Si vous ne l’aimez pas, faites un effort… peut-être, vous allez aimer la noirceur un jour.

Lumière noire

Moment de vie… une pensée chinoise

Jeudi 26 mars 2009

pensée chinoise

Aujourd’hui, un autre moment de vie en image et accompagné d’une pensée chinoise.

Cela permet d’éviter un trop long moment sans post. Plusieurs jours sont passés depuis le dernier billet. Semble-t-il que le silence creuse le vide. À défaut du contenu, nous vous offrons une image que nous ne connaissons malheureusement pas le nom du photographe. À ceux qui veulent que nous mentionnions le titre des oeuvres citées, leur auteur, etc.  Excusez-nous.

L’extrait cité est du Livre de la Voie et de la Vertu de Lao Tseu – le moins connu des illustres sages chinois. Voilà.

Agi sans pour autant bouger, oeuvre sans t’impliquer, savoure ce qui est sans saveur.

Célèbre ce qui est petit, élève ce qui est humble, réponds aux offenses par des bienfaits.

Accomplis ce qui est difficile en commençant par le facile, vois de la grandeur dans la plus humble chose.

Dans l’univers, les chose difficiles se réalisent comme si elles étaient faciles, et les grandes oeuvres du monde ont commencé par de petites.

Aussi le Sage n’entreprend rien de grand, et c’est pour cela qu’il peut réaliser des oeuvres éternelles.

Qui promet à la légère ne mérite pas la confiance. Qui trouve tout facile rencontre des obstacles.

Pour le Sage, tout est d’égale difficulté. C’est pourquoi il accomplit tout sans peine.

Voyage du retour en Égypte pour un sarcophage?

Lundi 23 mars 2009

L’Égypte exigera le retour d’un sarcophage de l’ère pharaonienne.

Un sarcophage en bois vieux de 3000 ans, pillé et sorti clandestinement de l’Égypte il y a maintenant, plus d’un siècle, a été intercepté par des douaniers américains. Si les autorités américaines n’ont pas encore commenté cette nouvelle, l’Égypte a annoncé, dimanche, par la voix de son Conseil suprême des antiquités (SCA), que cet artefact leur soit restitué immédiatement.

Selon le communiqué du SCA, le sarcophage a initialement été sorti de l’Égypte en 1884. Il date de la XXIe dynastie, qui a régné l’Égypte entre 1081 av. J.-C. et 931 av. J.-C. Il provient de la capitale de l’Égypte ancienne, Thèbes. Le sarcophage est actuellement retenu par les autorités douanières américaines à Miami, en Floride, qui l’ont saisi en provenance d’Espagne. Quant à l’acheteur américain, semble-t-il, l’a renoncé dans de telle circonstance, toujours selon le même communiqué.

Un sarcophage est un cercueil taillé pour prendre la forme de son occupant, décoré d’images et d’inscriptions religieuses dont le but est d’assister l’âme du défunt dans son voyage dans l’au-delà. Comme l’on dit, la valeur d’un objet ne dépend, ni de sa beauté, ni de sa valeur marchand…  Une photo s’impose!

Voyage du retour en Égypte pour un sarcophage?

Grand voyageur

Samedi 21 mars 2009

Par Michel Cartier

Je fais le tour du monde à tous les jours… en restant chez moi! Pas avec la télé, ni en surfant sur l’Internet, ni même en usant de mon imagination passablement fertile.

Non! Je fais le tour du monde à tous les jours parce que je cultive des orchidées. Elles viennent de partout, d’Afrique du Sud, de Malaisie, de Chine, du Vietnam, du Pérou, du Brésil, de Colombie, d’Australie… De partout, je vous dis… sauf en Antarctique, probablement parce que rien du tout ne pousse en Antarctique.

Chaque matin, elles me parlent de leur pays, du soleil qu’il leur faut, de la moiteur de la nuit, des hautes neiges qu’elles peuvent voir de leurs perchoirs tropicaux, des pluies diluviennes qui les baignent en saison. Elles se cachent dans les savanes, s’abreuvent aux froids ruisseaux qui dévalent des montagnes. Elles éclatent de grosses fleurs complexes qui se font, d’un coup, suaves de leur parfum ou repoussantes parfois. Elles racolent les insectes en imitant leurs reflets métalliques et se font toutes belles et pimpantes dans le vent pour mieux les séduire.

Elles se font légendes, se frottent aux reines et aux rois de ce monde, comme aux communs des mortels jusqu’à égayer nos modestes bords de fenêtres. Elles conservent dans notre mémoire les noms de femmes et d’hommes qui seraient autrement oubliés. Elles nourrissent notre âme, nous inspirent de la beauté du monde, se font ambassadrices de la Nature, de ce que nous devons protéger à tout prix.

Je leur dois beaucoup, je crois. Je leur dois de rester sur le chemin de l’humilité et de l’émerveillement perpétuel, de ne jamais oublier à quel point ce qui nous entoure est prodigieux.

Je suis un homme heureux, vraiment. Je fais le tour du monde à tous les jours et chaque jour est un nouveau monde.

Grand voyageurImage : Trichopilia hennisiana/Michel Cartier

Avis aux orchidophiles montréalais… et d’ailleurs, OrchidExpo 2009 – exposition internationale d’orchidées de Montréal, sera de retour au Cégep de Maisonneuve cette fin de mois (28, 29 mars), rue 2700 Bourbonnière.

Patrimoine culturel de l’humanité

Lundi 16 mars 2009

Aujourd’hui, un billet de suivi. Un retour sur un sujet abordé dernièrement en passant par la réouverture du Musée d’Irak, à Bagdad, pour finalement aboutir à un texte d’Hugo. Si vous préfériez, du coq à l’âne. :-)

Musée de Bagdad, IrakImage : Anja Niedringhaus/AP

En fin février 2009, un peu moins de six ans après l’invasion américaine de l’Irak, le Musée de Bagdad a réouvert ses portes. Au cours de cette longue période de fermeture, des spécialistes, enquêteurs, soldats, policiers et Interpol ont tenté de récupérer et restituer une partie des collections d’oeuvres assyriennes et babyloniennes, pillées, volées et ravagées durant les premiers jours de l’arrivée des troupes américaines dans la capitale irakienne. Si l’on croit à la Convention internationale de La Haye sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé, l’obligation incombe à la puissance occupante… et protectrice.

Hélas, ce ne fut pas le cas en 2003. La mise à sac de la Bibliothèque et du Musée de Bagdad a eu lieu sous les yeux des troupes de l’envahisseur.

Un fait intéressant à retenir, le Musée de Bagdad est reconnu comme le 3e musée du monde en richesse des biens culturels de la Mésopotamie antique, après le British Museum de Londres et le Louvre de Paris.

Patrimoine culturel de l’HumanitéImage : Thomas Coex/AFP

Au cours de cette même semaine de février 2009, il y a eu des enchères à Paris, une mise en vente de la Collection YSL-Bergé au Grand Palais. L’événement a été organisé par la Maison Christie’s de Pinault. Rappelez-vous de la polémique autour des deux têtes d’animaux en bronze ? Compte tenu de l’impossibilité à récupérer légalement les deux antiquités réclamées, par stratagème «Si vous ne nous les restituez pas, nous vous forcerions à vous les garder», un collectionneur chinois, Cai MingChao, a acheté les deux têtes le soir du 23 février, avant de déclarer son refus du paiement. On a su plus tard que Cai dirige une maison d’enchères située à Xiamen. Il est l’un des conseillers du Fonds du patrimoine national de Chine, un organisme paragouvernemental qui a pour but de récupérer des objets pillés au cours du 19e siècle par les puissances européennes.

N’est-ce pas toute une coïncidence que ces deux événements soient déroulés durant la même semaine ?

- Et alors? diriez-vous, peut-être.

En fait, nous nous demandons simplement pourquoi personne ne s’est intéressé à ces deux événements conjointement et pourquoi l’histoire se répète malgré la succession des empires et des conventions internationales renouvelées.

Bref, nous vous laissons sur ce beau texte du grand Hugo que nous avons entendu parler depuis un bon moment sans que nous soyons capable de mettre la main dessus. Voilà, c’est fait pour nous et maintenant, en le partageant avec vous. Bonne semaine! ;-)

Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l’expédition de Chine. Vous trouvez cette expédition honorable et belle, et vous êtes assez bon pour attacher quelque prix à mon sentiment ; selon vous, l’expédition de Chine, faite sous le double pavillon de la reine Victoria et de l’empereur Napoléon, est une gloire à partager entre la France et l’Angleterre, et vous désirez savoir quelle est la quantité d’approbation que je crois pouvoir donner à cette victoire anglaise et française.

Puisque vous voulez connaître mon avis, le voici. Il y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde ; cette merveille s’appelait le Palais d’été. L’art a deux principes, l’Idée, qui produit l’art européen, et la Chimère, qui produit l’art oriental. Le Palais d’été était à l’art chimérique ce que le Parthénon est à l’art idéal. Tout ce que peut enfanter l’imagination d’un peuple presque extra-humain était là. Ce n’est pas, comme le Parthénon, une oeuvre rare et unique ; c’était une sorte d’énorme modèle de la chimère, si la chimère peut avoir un modèle. Imaginez on ne sait quelle construction inexprimable, quelque chose comme un édifice lunaire, et vous aurez le Palais d’été.

Bâtissez un songe avec du marbre, du jade, du bronze, de la porcelaine, charpentez-le en bois de cèdre, couvrez-le de pierreries, drapez-le de soie, faites-le ici sanctuaire, là harem, là citadelle, mettez-y des dieux, mettez-y des monstres, vernissez-le, émaillez-le, dorez-le, fardez-le, faites construire par des architectes qui soient des poètes les mille et un rêves des Mille et Une Nuits, ajoutez des jardins, des bassins, des jaillissements d’eau et d’écume, des cygnes, des ibis, des paons, supposez en un mot une sorte d’éblouissante caverne de la fantaisie humaine ayant une figure de temple et de palais, c’était là ce monument.

Il avait fallu, pour le créer, le long travail de deux générations. Cet édifice, qui avait l’énormité d’une ville, avait été bâti par les siècles, pour qui ? Pour les peuples. Car ce que fait le temps appartient à l’homme. Les artistes, les poètes, les philosophes connaissent le Palais d’été ; Voltaire en parle. On disait : le Parthénon en Grèce, les Pyramides en Egypte, le Colisée à Rome, Notre-Dame à Paris, le Palais d’été en Orient. Si on ne le voyait pas, on le rêvait. C’était une sorte d’effrayant chef-d’oeuvre inconnu, entrevu au loin dans on ne sait quel crépuscule comme une silhouette de la civilisation d’Asie sur horizon de la civilisation d’Europe.

Cette merveille a disparu.

Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d’été. L’un a pillé, l’autre a incendié. La victoire peut être une voleuse, à ce qu’il paraît. Une dévastation en grand du Palais d’été s’est faite de compte à demi entre deux vainqueurs. On voit mêlé à tout cela le nom d’Elgin, qui a la propriété fatale de rappeler le Parthénon. Ce qu’on avait fait au Parthénon, on l’a fait au Palais d’été, plus complètement et mieux, de manière à ne rien laisser. Tous les trésors de toutes nos cathédrales réunies n’égaleraient pas ce formidable et splendide musée de l’Orient. Il n’y avait pas seulement là des chefs-d’oeuvre d’art, il y avait un entassement d’orfèvreries. Grand exploit, bonne aubaine. L’un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l’autre a empli ses coffres ; et l’on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l’histoire des deux bandits.

Nous Européens, nous sommes les civilisés, et pour nous les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie. Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. Mais je proteste, et je vous remercie de m’en donner l’occasion ; les crimes de ceux qui mènent ne sont pas la faute de ceux qui sont menés ; les gouvernements sont quelquefois des bandits, les peuples jamais.

L’Empire français a empoché la moitié de cette victoire, et il étale aujourd’hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d’été.

J’espère qu’un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée. En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate. Telle est, monsieur, la quantité d’approbation que je donne à l’expédition de Chine.

Dessin d’Éric, suite

Samedi 14 mars 2009

Un dessin d’enfant n’a pas toujours un schéma.

Tout comme l’on ne trouve pas toujours de chefs-d’oeuvre dans les salles d’exposition d’un musée. En passant, avez-vous vu cette exposition au Musée des beaux-arts de Montréal sur Van Dongen, un fauve en ville? On se bouscule au portillon du Musée les weekends…

Bon, parlons du dessin d’Éric.

Dans l’univers des dessins d’enfants, il y a des dessins d’apprentissage qui sont parfois maladroits; des dessins d’assimilation de connaissances qui sont dépourvus d’intérêt artistique; des dessins fantasmagoriques qui procurent avant tout aux enfants le sentiment de puissance et d’évasion; des dessins ludiques qui racontent des moments de leur vie d’insouciance, des dessins libérateurs qui évacuent les impossibilités et frustrations d’enfant; des dessins qui les initient à la vie en société représentant des fêtes, des événements ou des valeurs humaines, et bien d’autres formes de dessins d’enfants.

Dessin d’Éric

Dans ce dessin d’Éric, il y a un schéma, un ordre narratif, un squelette sous le coloriage. Le dessin est d’abord tracé à la craie de cire. La répartition des éléments picturaux enferme un scénario narratif. Cela laisse croire que l’histoire du chaman, village, forêt, famille de poissons existe partiellement ou dans sa totalité dans l’imaginaire d’Éric depuis un bon moment déjà. Si elle est dessinée pour la première fois, elle a été assurément mainte fois racontée dans sa tête ou en réalité.

Dans ce dessin d’Éric, il y a les rudiments de la perspective, les premiers signes de l’art du paysage et le début du développement de sa capacité en organisation picturale. L’enfant applique spontanément ici plusieurs techniques picturales anciennes : le dessin d’abord, ensuite les couleurs; les tipis en forme de triangle aux dimensions variables, dont les plus petits, pour désigner les tentes les plus éloignées; des points verts poinçonnés du bout d’un marqueur, entre la rive et la forêt pour représenter des buissons, une technique d’estompage; la représentation de la rivière et des poissons obéit l’approche fond/forme : d’abord, réserver l’espace de la rivière par encerclement en couleur bleu ciel, les poissons et finalement combler le vide en se servant du gros marqueur bleu foncé.

Il y a dans ce dessin d’Éric un schéma, à travers lequel l’enfant organise sa pensée visuelle. Bien que cette pensée naissante soit encore un peu arbitraire, elle est d’une adorable logique d’enfant. Cette habileté de l’enfant est suffisamment cohérente et fluide pour organiser son dessin en suivant non seulement une trame chronologique d’événements narratifs, de plus, elle dose l’utilisation des couleurs. Une ligne de lecture, en zigzaguant, de droite à gauche, du bas de feuille, est reconduite par les poissons au sens opposé. Le tout est coiffé par une masse de feuillage verte. Elle est soutenue par des trucs d’arbres, campée par les deux luminaires presque cosmiques et bibliques, en jaune, la ruche et en orangé le soleil levant.

Pour accompagner le dessin d’Éric, une photo paysage que nous n’avons malheureusement pas noté le nom de son auteur.  Une composition par couches superposées. Le lointain dans la partie du haut, la partie approchée, dans le bas de l’image.

Photo paysage

Trois singes

Mercredi 11 mars 2009

En japonais, les trois singes sont appelés Mizaru, qui signifie «Ne vois pas» pour celui qui est aveugle, Kikazaru «N’entends pas» pour celui qui est sourd et Iwazaru «Ne parle pas» pour celui qui est muet. Leurs noms se trouvent à être également un jeu de mot qui veut dire «Ne rien voir de mal, ne rien entendre de mal, ne rien dire de mal.»

Dans une formulation orientale, ce serait « je ne dis pas ce qu’il ne faut pas dire; je ne vois pas ce qu’il ne faut pas voir; je n’entends pas ce qu’il ne faut pas entendre.»

Jadis, cette maxime fut prise pour devise par Gandhi dans sa lutte pacifique contre l’Empire britannique. Hier, elle est repris dans un ton d’ironie par Pauline Marois, chef de l’Opposition officielle du Québec, pour décrire le comportement politique de son adversaire avant, pendant et après la dernière compagne électorale provinciale. Une habile manœuvre politique et un subtil détournement de l’expression. De plus, en sachant que le mot «singe» est plutôt perçu comme une désignation péjorative dans notre culture populaire. Cela sonne doublement insultant.

Voilà, trois images illustrant la maxime du 3 singes qui, pourtant, fait référence à la sagesse d’une personne. Une culture, une perspective.

Trois singes

Femmes – entre leur émancipation et leur liberté intellectuelle

Dimanche 8 mars 2009

Cette année, pour souligner ce 8 mars – journée internationale des femmes : deux passages sur l’émancipation et la liberté intellectuelle, extraits d’un célèbre livre écrit lors de la dernière crise économique que notre monde a connue, par une femme de lettres anglaise et féministe; et un tableau peint de cette même époque, par une femme artiste-peintre américaine.

Femme et art

[...] vous pouvez me reprocher d’avoir fait la part trop grande aux choses matérielles [...] Ce sont des faits terribles, mais regardons-les en face. [...] le poète pauvre n’a pas de nos jours, et n’a pas eu depuis deux cents ans, la moindre chance de réussite. Un enfant pauvre en Angleterre n’a guère plus d’espoir que n’en avait le fils d’un esclave à Athènes de parvenir à une émancipation qui lui permette de connaître cette liberté intellectuelle qui est à l’origine des grandes œuvres. C’est cela même. La liberté intellectuelle dépend des choses matérielles. La poésie dépend de la liberté intellectuelle.

[...] me souvenant de l’amertume des jours passés, quels changements un revenu fixe peut opérer dans un caractère! Aucune puissance de ce monde ne peut m’enlever mes cinq cents livres : nourriture, maison et vêtements, je les possède à jamais. C’est pourquoi il n’est plus question d’effort et de peine, mais aussi de haine et d’amertume. Je n’ai plus besoin de flatter qui ce soit; personne ne peut plus rien me donner […] ma peur et mon amertume disparurent et je connus cette délivrance majeure qu’est la liberté de penser aux choses en elles-mêmes.

Virginia Woolf, Une chambre à soi et Tamara de Lempicka, Andromède.

Développement durable

Vendredi 6 mars 2009

« Toi aussi, participe au développement durable! » 8O

La version originale de cette affiche date probablement de l’époque de l’alliance sino-soviétique – l’Âge d’Or du communisme. Elle a été détournée de sa vocation initiale pour un nouvel objectif, le développement durable. Nous trouvons qu’il y a un brin d’ironie dans la manière dont l’image a été modifiée, surtout avec son message en lettrage jaune sur fond rouge et ce fâcheux encerclement rouge de l’affiche. Cela donne à l’image un aspect envahissant.

En lisant les textes publiés sur leur site, vous constaterez l’omniprésence de l’idéologie verte : de la simplicité volontaire au développement durable participatif. Un style de vie et de pensée. Nous avons retenu cet article de 10 conseils sur la résistance par la décroissance, signés par un dénommé Casseurs de Pub.

1 – Se libérer de la télévision
2 – Se libérer de l’automobile
3 – Refuser de prendre l’avion
4 – Se libérer du téléphone portable
5 – Boycotter la grande distribution
6 – Manger peu de viande
7 – Consommer local
8 – Se politiser
9 – Développement personnel
10 – Cohérence

Bon, la réalité de la société moderne de consommation demeure tout entière malgré l’amplification de la crise économique.

10 conseils pour un développement durable

Schéma d’un dessin d’enfant

Mercredi 4 mars 2009

Saviez-vous quelle est la différence entre un artiste-peintre et un amateur qui affectionne la peinture? Un artiste doit être conscient du schéma de son œuvre; un amateur doute de l’existence d’un tel schéma, le voit peut-être occasionnellement, mais sans être capable de l’apprivoiser.

Un schéma est comme le squelette d’un tableau, la structure d’une série de tableaux ou l’ordre caché de la production artistique de toute une vie. À partir d’une idée embryonnaire, un artiste construit son schéma autour de l’intention créatrice. Il l’habille. Il construit un langage pour favoriser son expression. Il le fait évoluer, ou pas du tout. Mais l’artiste sait transposer sur son schéma vision, intention, représentation, symboles, références,  intensité, émotions, pulsion et autres. Un amateur s’émerveille devant ses propres découverts.

Plus l’artiste est grand, plus son schéma est universel, plus son œuvre transcende.

Si le génie de Mozart est universellement connu, il y a évidemment Mozart, cet être au talent exceptionnel. Mais, il y a avant tout son père… non non! Pas au sens du géniteur, mais bien cet être qui a su faire développer le talent d’Amadeus depuis son jeune âge.  La musique et rien que la musique.

Tout enfant a été un jour le petit génie aux yeux de leurs parents, le temps d’une chanson, d’une phrase, d’un dessin, d’une danse ou simplement d’un sourire. La différence entre Léopold Mozart et les autres, c’est que le père de Mozart était convaincu du génie de son fils, il a su déceler le « schéma » de son fils en persistant d’y croire, et le faire développer.

Dans son apprentissage, l’enfant apprend à comprendre le schéma de la Vie comme il apprend à construire et à maîtriser le schéma de la perception. À chaque stade de la vie d’un enfant, ses dessins sont à la fois d’esquisses du schéma de notre humanité, mais aussi un autre schéma, celui de l’expression artistique de l’enfant lui-même. Habituellement, c’est à l’âge de la préadolescence que ce second schéma, artistique, soit abandonné pour la première fois au détriment du premier.

Schéma d’un dessin d’enfant

Aujourd’hui, un dessin d’enfant pour accompagner ce billet du milieu de la semaine du congé scolaire.

Nous avons reçu ce dessin en cadeau d’un petit garçon de 6 ans. Son dessin raconte l’histoire d’un village indien au lever du soleil, tout le monde dort encore. Un brave chaman, à quatre pattes, est à la chasse au gibier. Sans doute pour préparer le petit déjeuner du village. Une marmite bouillante aux vapeurs orangées. Dans la rivière, une famille de poissons est à la recherche de la nourriture eux aussi : un gros poisson arc-en-ciel, suivi par un moyen poisson et deux petits poissons. Mais, pourquoi nage-t-elle avec tant de vigueur cette famille de poissons? Car une ruche pleine de miel laissant couler son miel dans la rivière. Se pourrait-il que le chaman soit attiré aussi par le parfum du miel? Si notre mémoire était bonne, nous avons vu dans les yeux d’Éric une lueur de surprise.

À suivre… le schéma du dessin d’Éric.

Un moment de vie… en image

Lundi 2 mars 2009

Ce soir, une image, un moment de vie entre un grizzli et un saumon… et quelques phrases de saint Augustin.

Il y a trois espèces de choses à croire : les unes que l’on croit toujours sans jamais les comprendre, comme l’histoire qui déroule la marche du temps et les actions humaines ; les autres que l’on comprend dès qu’on les croit, comme les raisonnements humains sur les nombres ou toute autre science ; en troisième lieu, celles que l’on croit d’abord et que l’on comprend ensuite, comme tout ce qui regarde les choses divines, dont l’intelligence n’appartient qu’aux coeurs purs, c’est-à-dire à ceux qui observent les règles prescrites pour bien vivre.

Moment de vieImage : Fabrice Simon/Biosphoto