Archive pour février 2008

Art du nu

Vendredi 29 février 2008

Dans la nuit de samedi à dimanche, les amateurs d’art, particulièrement pour ceux qui passionnent pour le corps humain et du dessin, vous pourrez vivre un moment unique dans la verrière du Cinéma Ex-Centris de Montréal. Mon vieux, si vous êtes citoyen d’ailleurs, dépêchez-vous! Achetez-vous un billet d’avion, direction Montréal. Mais nous vous prévenons à l’avance, il fait un froid sibérien à Montréal depuis deux jours. Il fait carrément « frète » dans la langue belle à l’autre bout du monde (…) là-bas dans ce pays de neige. Nous faisons face aux vents qui soufflent de partout. ;-)

Bref, vous pourriez participer au happeining L’Art du nu à l’Ex-Centris de Montréal. On nous propose deux volets dans le cadre du festival Montréal en lumière. À partir de 22h30, deux modèles nus vous proposeront une incursion dans l’univers du dessin. Vous pourrez ébaucher, croquer, esquisser, dessiner à votre guise, ou bien, simplement observer. Quoi? C’est vrai! Parfois, il est plus important d’observer au lieu de salir ses doigts, et trimballer papier et crayon. Non? :-|

art du nu

Au même moment, vous pourrez aussi participer aux festivités d’une manière, disons-le, plus passivement, bien installé sur un siège pour assister à la projection du documentaire L’art du nu en trois parties : Qu’est-ce que d’être modèle? La collaboration modèle et L’art homo érotique.

Ombre

Dimanche 24 février 2008

Aujourd’hui, deux passages du Traité de la peinture de Da Vinci, l’ombre et le doute, de plus, trois états d’une œuvre de Rembrandt. Tout cela pour souligner en ce dimanche ensoleillé à Montréal, un état qui devrait remplir le cœur de plusieurs de joie et de bonheur. Nous en sommes heureux! Mais aussi pour souligner le début des festivités de Montréal en lumière. Vous savez sans doute que les carnavals étaient une occasion de défoulement collectif pour casser, en quelque sorte, la monotonie hivernale dans un temps non lointain du nôtre. De nos jours, le vocabulaire change, c’est du divertissement, du plaisir hivernal et de la joie de vivre.

Bon, assez de divagation! Allons-y pour les réalisations éternelles de ces grands hommes de l’Histoire!

Da Vinci a écrit :

- Comment être universel dans ses œuvres.

Pour être universel et plaire à divers juges, il te faut faire en sorte qu’une même composition contienne des choses de grande obscurité et des ombres très douces, faisant bien ressortir les causes de ces ombres, les obscures et les douces

- Précepte.

Le peintre qui ne doute pas progresse peu. Si l’œuvre surpasse le jugement de l’artiste, celui-ci fait bien peu de progrès. Mais si le jugement dépasse l’œuvre, celle-ci ne finit jamais de s’améliorer, à moins que l’avarice ne l’en empêche.

Le doute, c’est un état d’esprit bien fatigant que l’on soit artiste ou pas. Vous convenez probablement avec nous qu’en lisant ces deux extraits, cela aurait été d’intérêt de connaître les pensées de ce Léonardo au moment où il avait écrit ces lignes. Freud, un autre très grand, signataire de l’effondrement du concept de Dieu au 20e avec sa psychanalyse, s’est aussi intéressé à Da Vinci. Nous y reviendrons un autre jour sur ce sujet.

Pourquoi mêlons-nous les écrits de Da Vinci à l’œuvre picturale de Rembrandt dans ce petit texte en ce jour dominical? Car l’un est un homme humaniste qui cherche à exalter la clarté de l’esprit humain et l’autre, artiste affirmé et homme de mille et un doutes qui empâte à merveille la nature humaine. Mais aujourd’hui, nous ne parlons pas de sa peinture, plutôt de ses gravures. Pour être plus précis, de trois états d’une gravure de Rembrandt.

La gravure est le seul médium artistique qui permet de segmenter le temps durant lequel l’artiste conçoit une œuvre. Les états d’une gravure démontrent la traçabilité des idées et des décisions de l’artiste à la hauteur d’une certification ISO. En gravure, si l’artiste est intègre, nous y voyons même comment celui-ci pense, à partir de l’idée de l’œuvre, du premier état jusqu’à l’état le plus achevé de l’œuvre.

Plus grande oeuvre en estampe

Trois croix, état 3, par Rembrandt

Dans l’obscurité, les trois croix selon Rembrandt

Que vous soyez un croyant de piété ou le dernier des nihilistes pathétiques, ;-) vous ne pouvez pas être indifférent devant l’obscurité envahissante des Trois Croix de Rembrandt qui trônent, à notre avis, le sommet des grandes œuvres en estampe de l’humanité, d’hier, d’aujourd’hui et encore demain!

Bonne semaine!

Métro Montréal

Jeudi 21 février 2008

Le Métro de Montréal est une formidable ville souterraine qui fait la fierté des Montréalais. Le Métro de Montréal est un moyen de transport efficace et écologique emprunté quotidiennement par de milliers d’utilisateurs. Le Métro de Montréal est un réseau grouillant de vie et parfois, le lieu de drames humains. Quand cette voix neutre du Métro de Montréal annonce que son service est interrompu sur la ligne X à cause d’une intervention des ambulanciers. Les habitués du Métro savent qu’il y a eu fort probablement un suicide sur les rails, surtout si l’arrêt de service dure plus d’une demi-heure.

Le suicide dans le Métro est sans aucun doute un événement traumatisant pour la plupart des gens qui sont témoins du drame: le chauffeur de métro, les ambulanciers, les proches de la victime et les usagers. Le Métro de Montréal ne parle pas de « ses » suicides. C’est un choix. Il est peu probable que l’on change cette loi du silence sur les suicides. Est-ce bien ou le contraire? Nous, nous pensons qu’il s’agit d’un phénomène social, il est donc préférable d’en parler que de voiler une réalité. Non?

La firme Métromédia qui gère l’espace publicitaire a recommandé récemment à la STM de refuser l’affiche de la production théâtrale Blasté. On jugeait que l’image est trop violente. D’exposer une image d’un personnage ensanglanté dans le métro peut générer une émotion trop forte sur certaines personnes à tendance suicidaire.

Évidemment, la metteure en scène dit, ne pas comprendre cette décision de la STM qui censure sa campagne de pub. Selon elle, l’affiche est artistique et non choquante qui fait la promotion d’une pièce de théâtre et non pas celle de la violence. Voici l’image partielle que nous avons dénichée sur le site de l’Usine C.

Métro Montréal - Suicide - Image censurée

Quant à l’histoire de la pièce de théâtre, elle est d’actualité.

Blasté est l’histoire de Ian, de son calvaire et de sa renaissance.

Écrite il y a dix ans, cette première pièce visionnaire de Sarah Kane dénonce en partie nos aveuglements et notre impuissance face au conflit yougoslave, dont la barbarie était diffusée à l’époque en direct sur CNN. L’illusion d’un quelconque progrès dans les rapports humains semble plus que jamais d’actualité. L’écriture de Sarah Kane élève cette histoire épouvantable et inconcevable à la hauteur des mythes antiques.

« Nous devons parfois descendre en enfer par l’imagination pour éviter d’y aller dans la réalité. » Sarah Kane

Blasté sera créé pendant la saison des 10 ans de Sibyllines et permettra à Brigitte Haentjens de retrouver certains des acteurs d’exception qui ont singulièrement marqué son parcours artistique.

(Texte extrait du site de l’Usine C)

En guise de conclusion, tout en images, une tête faite de sang congelé de l’artiste, par Mark Quinn (1991) et la tête ensanglanté de Christ, par Dürer (1493, détail) Oui, oui! Du vrai sang humain de l’artiste lui-même. Bon vendredi!

Tête de sang et Tête ensanglantée

Mao en femme

Mercredi 20 février 2008

La révolution et le symbolisme en art nous ont conduits aujourd’hui à Mao femme. Nous avons déjà abordé ce sujet à plusieurs reprises. Non, non! Nous ne parlons pas du côté féminin de Mao, mais Mao tout court.

Voilà, Mao en femme, le révolutionnaire et l’Empereur Rouge en art pop chinois, ou encore, Miss Mao.

Mao en femme ou Miss Mao

Il s’agit des sculptures des Frères Gao, deux artistes contemporains chinois qui attisent des réactions par des oeuvres controversées, mais ils se défendent de créer une œuvre à connotation politique et polémique. Pour ces seins à la Pamela Anderson de Mao et de son nez de Pinocchio, l’un des frères Gao explique que durant les années de la Révolution culturelle, on mentait comme Pinocchio, et on disait aussi que le Parti communiste était la mère du peuple. Sacrés artistes à l’esprit habile pour les associations d’idées! Si nous fermons les yeux et essayons de penser fort fort… Nous parvenons quand même à suivre la logique de leur démarche artistique.

Mais, Messieurs Gao, ;-) entre-nous, disons que ce n’est pas de l’art sacré quand vous fabriquez des sculptures de cette taille en vous servant d’un symbole sur lequel repose l’idéologie d’un régime politique qui a marqué l’histoire chinoise récente.

Et vous, qu’en pensez-vous de ça? Est-ce vraiment plus possible de faire un art actuel, bon et de bon « goût »?

L’ombre plane sur Castro…

Mardi 19 février 2008

En janvier 1959, le dictateur Fulgencio Batista fuit. Fidel Castro et ses barbudos prennent le pouvoir au Cuba.

En mars 2003, au moment où le Parlement a réélu le Lider Maximo pour un sixième mandat, Castro déclare « Je promets que je serai avec vous, si vous le souhaitez, aussi longtemps que j’aurai le sentiment que je peux être utile, et si la nature n’en décide pas autrement avant, pas une minute ni une seconde de plus, a-t-il dit. Maintenant, je comprends que mon destin n’était pas de me reposer à la fin de ma vie. »

L’ombre plane sur Fidel Castro

En octobre 2004, Castro trébuche et tombe après un discours, se brisant le ménisque gauche et le bras droit.

En juillet 2006, sa dernière apparition en public et son dernier traditionnel discours de la Fête de la Révolution. Suite d’une opération pour une hémorragie intestinale, Castro cède temporairement le pouvoir à son frère Raul.

Aujourd’hui, il annonce la fin de sa vie active. Désormais, l’ombre plane sur le dernier des révolutionnaires du 20e. « Tu ne mourras jamais! » lui disait Hugo Chavez lors d’un entretien, c’était le 14 octobre 2007.

Fidel Castro, symbole d’une époque, d’une révolution et d’un idéal social qui restera inaccessible à jamais.

Drapeau du Kosovo

Lundi 18 février 2008

Voilà, un premier pas officiel pour marquer la reconnaissance du Kosovo.

À partir de maintenant, c’est tout un peuple qui participe à un projet collectif. Il mobilisera ses ressources et ses énergies pour une affirmation identitaire dans ce vaste monde qui est le nôtre, global, mais interdépendant. N’est-ce pas paradoxale cette indépendance dans une interdépendance européenne? Mais, pourquoi pas?!

 

Drapeau de l’Albanie
Photo: Reuters

Ce petit texte n’a rien d’artistique, peut-être symbolique si nous parlons un peu du symbolisme dans l’affirmation d’un peuple, comme sa constitution, sa devise, sa monnaie, son hymne national, son drapeau, etc. En passant, n’avons-nous pas fêté le nôtre tout récemment? L’un des plus beaux drapeaux en Amérique, semble-t-il.

Après le discours qui déclare que le Kosovo ne « sera plus jamais gouverné par Belgrade. Ce sera un État démocratique et pluriethnique », après les signatures protocolaires sur parchemin, le président, le premier ministre et le président du parlement kosovaque ont dévoilé le nouveau drapeau du Kosovo : une carte du Kosovo dorée sur fond bleu avec six étoiles, une pour chacun des six principaux groupes ethniques du Kosovo.

Drapeau du Kosovo

En juin 2007, au lancement du concours du nouveau drapeau de Kosovo, ONU a insisté sur la nature multiethnique du Kosovo, en excluant toute utilisation de l’aigle à deux têtes et des couleurs dominantes comme le rouge et le noir. Au début de ce mois-ci, l’une des trois propositions retenues représente une carte du Kosovo sur un fond bleu entouré de cinq étoiles jaunes, à la manière du drapeau de l’Union européenne. La différence entre cette proposition initiale et le drapeau officiel dévoilé aujourd’hui: l’absence de la dominance d’une étoile et l’apparition d’une 6e.

Nous nous demandons que représente-t-elle cette 6e étoile sur ce nouveau drapeau de Kosovo, et nous souhaitons sincèrement la paix aux six ethnies qui forment ce nouveau pays avant tout.

Concours du drapeau de Kosovo

Le Gardien

Dimanche 17 février 2008

Par Kafka

Le Gardien de la Vérité - Walter S. Allward

Le Gardien de la Justice ou Justitia

Devant la loi se dresse le gardien de la porte. Un homme de la campagne se présente et demande à entrer dans la loi. Mais le gardien dit que pour l’instant il ne peut pas lui accorder l’entrée. L’homme réfléchit, puis demande s’il lui sera permis d’entrer plus tard. «C’est possible», dit le gardien, «mais pas maintenant». Le gardien s’efface devant la porte, ouverte comme toujours, et l’homme se baisse pour regarder à l’intérieur. Le gardien s’en aperçoit, et rit. «Si cela t’attire tellement», dit-il, «essaie donc d’entrer malgré ma défense. Mais retiens ceci: je suis puissant. Et je ne suis que le dernier des gardiens. Devant chaque salle il y a des gardiens de plus en plus puissants, je ne puis même pas supporter l’aspect du troisième après moi.» L’homme de la campagne ne s’attendait pas à de telles difficultés; la loi ne doit-elle pas être accessible à tous et toujours, mais comme il regarde maintenant de plus près le gardien dans son manteau de fourrure, avec son nez pointu, sa barbe de Tartare longue et maigre et noire, il en arrive à préférer d’attendre, jusqu’à ce qu’on lui accorde la permission d’entrer. Le gardien lui donne un tabouret et le fait asseoir auprès de la porte, un peu à l’écart. Là, il reste assis des jours, des années. Il fait de nombreuses tentatives pour être admis à l’intérieur, et fatigue le gardien de ses prières. Parfois, le gardien fait subir à l’homme de petits interrogatoires, il le questionne sur sa patrie et sur beaucoup d’autres choses, mais ce sont là questions posées avec indifférence à la manière des grands seigneurs. Et il finit par lui répéter qu’il ne peut pas encore le faire entrer. L’homme, qui s’était bien équipé pour le voyage, emploie tous les moyens, si coûteux soient-ils, afin de corrompre le gardien. Celui-ci accepte tout, c’est vrai, mais il ajoute: «J’accepte seulement afin que tu sois bien persuadé que tu n’as rien omis». Des années et des années durant, l’homme observe le gardien presque sans interruption. Il oublie les autres gardiens. Le premier lui semble être le seul obstacle. Les premières années, il maudit sa malchance sans égard et à haute voix. Plus tard, se faisant vieux, il se borne à grommeler entre les dents. Il tombe en enfance et comme, à force d’examiner le gardien pendant des années, il a fini par connaître jusqu’aux puces de sa fourrure, il prie les puces de lui venir en aide et de changer l’humeur du gardien; enfin sa vue faiblit et il ne sait vraiment pas s’il fait plus sombre autour de lui ou si ses yeux le trompent. Mais il reconnaît bien maintenant dans l’obscurité une glorieuse lueur qui jaillit éternellement de la porte de la loi. À présent, il n’a plus longtemps à vivre. Avant sa mort toutes les expériences de tant d’années, accumulées dans sa tête, vont aboutir à une question que jusqu’alors il n’a pas encore posée au gardien. Il lui fait signe, parce qu’il ne peut plus redresser son corps roidi. Le gardien de la porte doit se pencher bien bas, car la différence de taille s’est modifiée à l’entier désavantage de l’homme de la campagne. «Que veux-tu donc savoir encore?» demande le gardien. «Tu es insatiable.» «Si chacun aspire à la loi», dit l’homme, «comment se fait-il que durant toutes ces années personne autre que moi n’ait demandé à entrer?» Le gardien de la porte, sentant venir la fin de l’homme, lui rugit à l’oreille pour mieux atteindre son tympan presque inerte: «Ici nul autre que toi ne pouvait pénétrer, car cette entrée n’était faite que pour toi. Maintenant, je m’en vais et je ferme la porte.»

Un texte symbolique qui résume, selon nous, l’essentiel de l’oeuvre littéraire de Kakfa, publié après la mort de l’écrivain, vers 1934. Il s’intitule Devant la Loi, parfois, le Gardien de la Loi.