Planche #1
Un Picador et deux femmes

Planche #2
Picador et femme

Planche #3
Le Picador attablé

Planche #4
Passe de cap

Planche #5
Le passe de cap

Planche #6
L'entrée du Picador

Planche #7
Avant la pique

Planche #8
Scène de corrida

Planche #9
Les banderilles

Planche #10
Danseuse et Picador

Planche #11
La danseuse sur la table

Planche #12
Feuille d'études

Planche #13
Jeune fille et vieille femme

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Pablo Picasso
TOROS
15 lavis inédits
Poème de
Pablo Neruda
Traduit par Jean
Marcenac
AU VENT D'ARLES
Paris 1960
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I
Entre les eaux, les eaux du Nord, les
eaux du Sud,
l’Espagne était sèche.
Assoiffée, dévorée, tendue comme un
tambour,
sèche comme la lune était l’Espagne,
et vite, qu’on arrose avant que cela brûle.
Tout était ocre par avance,
d’un ocre vieux et piétiné,
tout par avance était de terre,
les yeux même manquaient de larme pour
pleurer,
(bientôt viendra le temps des pleurs).
De toute éternité pas une goutte de
temps.
Mille ans déjà, mille ans sans pluie
et la terre se fissurait
et là, dans les fissures, les morts :
chaque fissure avait sa mort
et il ne pleuvait pas,
pas plus qu’il ne pleuvait.
II
Alors ce fut le sacrifice du taureau.
D’un coup jaillit une lumière rouge
ainsi qu’un couteau d’assassin,
la lumière éparse depuis Alicante,
et qui s’acharnait à Somosierra.
Les coupoles étaient comme des
géraniums.
Tous regardaient, tous attendaient.
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Qu’y a-t-il donc? Demandaient-ils.
Et au milieu de la peur
entre murmure et silence
quelqu’un a dit :
« Je sais. C’est la lumière du
taureau. »
III
Ils ont habillé un paysan pâle
de bleu et de feu, des cendres de
l’ambre,
de langues d’argent, de nuée
vermeilles,
et d’yeux d’émeraude, de queues de
saphir.
L’être pâle va contre la colère.
Il avance, le pauvre habillé de riche,
pour tuer,
habillé d’éclairs, pour mourir
IV
Et voilà qu’est tombé la première gouttes de sang
et qu’elle a fleuri:
la terre a reçu le sang et l’a digéré
comme une bête terrible et secrète
impossible à rassasier.
Ce n’est plus l’eau qu’elle réclame,
la soif a changé de nom
et tout s’est teinté de rouge
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et s’incendient les cathédrale
et scintillent les rubis dans
Gongora.
Arènes d’un rouge d’œillet,
en silence et furieux s’y multiplie
le rite.
Le sang court, renversé, remontant
vers sa source.
Ainsi en est-il, ainsi en est-il du
cérémonial :
l’homme pâle, l’ombre écrasante
de la bête et le jeu
Entre la mort et la vie sans la
lumière sanglante.
V
C’est entre tous qu’on l’a élu, le
massif,
la pureté bouclée de vagues de
fraîcheur,
la bestiale pureté, le taureau
d’herbe,
familier de l’âpre rosée
et la lune l’a désigné dans la
manade.
Comme on choisit un lent cacique il
fut choisi.
Le voici, montagneux, essentiel et
ses yeux
sous la demi-lune des cornes aiguës
ne savent pas, ne savent pas si le
nouveau silence
qui le couvre est un manteau génital
de délices
ou bien ombre éternelle et bouche de
la catastrophe.
Mais voici à la fin de lumière
qui s’ouvre comme une porte.
Il pénètre un éclat plus dur que la
douleur,
un bruit nouveau comme des sacs
de pierre que l’on traîne,
dans l’arène infinie aux yeux
sacerdotaux
un condamné à mort vêtu pour la
rencontre
de son propre frisson de peur et de
turquoise,
Un habit d’arc-en-ciel et une pauvre
épée.
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VI
Une pauvre petite épée avec son
habit,
une pauvre petite mort avec son
homme,
en pleine arène, sous l’orange
implacable
du soleil, face aux yeux qui ne
regardent pas.
Dans l’arène, égaré comme qui vient
de naître,
il prépare sa longue danse, sa
géométrie.
Et puis comme l’ombre et comme la
mer
se déchaînent les pas et la colère
du taureau
(car il le sait, il n’est plus rien,
sinon sa force)
et le pâle pantin se transforme en
raison,
sans sa parure d’or l’intelligence
cherche
comment danser, comment blesser.
Il faut qu’il la danse sa mort, le
soldat de soie.
S’il y échappe on l’invitera au
Palais.
Levant la coupe, il se souvient de
son épée.
La nuit de peur brille à nouveau de
ses étoiles.
La coupe est vide comme l’arène dans
la nuit.
Et les seigneurs veulent toucher
cette agonie.
VII
Lisse et la féminine comme le satin
d’une amende
elle est faite de chair, faite d’or
et de poil,
le corail et le miel concourent à
son nu,
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d’un bond l’homme et la faim vont
dévorer la rose.
Oh fleur! La chair monte dans une
vague,
la blancheur descend en cascades
et dans ce combat blanc le cavalier
rendant les armes,
tombe à la fin couvert de chasteté
fleurie.
VIII
Le cheval échappé du feu,
cheval de fumée,
il entre aux arènes, il va comme une
ombre.
Comme une ombre attend le taureau,
Et le chevalier, lourd
insecte obscur,
dresse l’aiguillon sur le cheval
noir
- luit la lance noire – il attaque,
saute,
il est ligoté par l’ombre et le
sang.
IX
De l’ombre bestiale, suaves,
sonnent les cornes.
En un rêve vide elles reviennent au
pâturage amer.
Une goutte seule pénétra l’arène,
une goutte de taureau, une semence
épaisse
et un autre sang, le sang du soldat
pâle.
Une splendeur sans soie a traversé
le crépuscule,
la nuit, le froid métallique de
l’aube.
Tout était ordonné. Et tout est
consumé.
D’un rouge d’incendie sont les tours
de l’Espagne.
Paris, 28 octobre 1960.
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A
r
t
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E N B R E F |
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Le livre d'artiste
est une forme d'expression artistique qui combine habituellement l'image
et le texte. La première est issue d’une pratique des arts visuels et le
second, de la littérature: poésie, conte, nouvelle, etc. Le livre
d’artiste peut faire l'objet d'un traitement professionnel - typographie, reliure,
édition - et se définit à travers ses
rapports «images/ textes», «forme/fond», «sens/représentation» et «support /contenu».
Traditionnellement, lorsqu'il s'agit d'estampes, la valeur marchande nominale d’un livre
d’artiste est régie par les normes éthiques en matière de gravure. Un
petit nombre
de tirages est préférable à une quantité trop élevée
de copies, puisque la matrice
d’impression reproduit une image de qualité inférieure lorsque celle-ci
subit trop d'écrasement sous la presse. La matrice
est détruite une fois le tirage des images complété.
Chaque
copie de l'oeuvre est numérotée. Elle est accompagnée d'une page dite
justificatrice, sur laquelle figure le nombre de tirages, le lieu de
l'imprimerie et d'autres renseignements concernant l'oeuvre.
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Planche #14
Danseuse et femme

Planche #15
Picador et danseuse

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TOROS
A ÉTÉ RÉALISÉ, POUR LES PLANCHES, PAR DANIEL JACOMET SUR PAPIER VÉLIN D'ARCHES.
LE POÈME, COMPOSÉ EN GARAMOND CORPS 24, A ÉTÉ ACHEVÉ D'IMPRIMER LE 15
DÉCEMBRE 1960 SUR LES PRESSES DE L'IMPRIMERIE UNION A PARIS. IL A ÉTÉ
TIRÉ 500 EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS À LA PRESSE, DE I À 500, ET 20 EXEMPLAIRES
HC MARQUÉS DE I À XX.
LES EXEMPLAIRES I À 50
SONT ACCOMPAGNÉS D'UNE LITHOGRAPHIE ORIGINALE, TIRÉE SUR LES PRESSES DE
MOURLOT FRÈRES, NUMÉROTÉE ET SIGNÉE PAR L'ARTISTE.
EXEMPLAIRE
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