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Depuis
la Renaissance, bien des artistes ont recours au cadavre comme
modèle
pour
composer leurs œuvres, certaines de ces œuvres sont les plus
controversées de l'histoire.
Pour
réaliser Le corps du Christ mort,
Holbein s'est servi de la dépouille d'un marchand noyé pour réaliser
la tête du Christ. Pourtant, cette oeuvre n'a suscité ni scandale ni
controverse. Elle a même survécu à la destruction des
œuvres d’art des églises par les réformistes radicaux. Cela laisse à
croire que les moeurs sociales de l'époque d'Érasme étaient bien
plus humanistes que
celle du
temps de la Contre-réforme du Caravage.
Dostoïevski,
grand admirateur d'Holbein, est fort secoué lorsqu'il voit cette
oeuvre à Bâle trois siècles plus tard; selon lui, «ce tableau peut
faire perdre la foi. »
Le
tableau le tellement trouble qu'il en fait une longue description
dans L'Idiot :
«
Il représentait le Christ au
moment de la descente de Croix. Si je ne me trompe, les peintres ont
l’habitude de figurer le Christ soit sur la Croix, soit après la
descente de Croix, avec un reflet de surnaturelle beauté sur son
après
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visage. Ils s’appliquent à Lui conserver
cette beauté même au milieu des plus atroces tourments. Il n’y avait
rien de cette beauté dans le tableau de Rogojine; c’était la
reproduction achevée d’un cadavre humain portant l’empreinte des
souffrances sans nombre endurées même avant le crucifiement; on y
voyait les traces des blessures, des mauvais traitements et des
coups qu’Il avait essuyé de ses gardes et de la populace
quand Il portait la Croix et tombait sous son poids; celles enfin du
crucifiement qu’Il avait subi pendant six heures...
Or,
ce que ce tableau m’a semblé exprimer, c’est cette notion d’une
force obscure, insolente et stupidement éternelle, à laquelle
tout est assujetti et qui vous domine malgré vous. Les hommes qui
entouraient le mort, bien que le tableau n’en représentât aucun,
durent ressentir une angoisse et une consternation affreuses dans
cette soirée qui brisait d’un coup toutes leurs espérances et
presque leur foi. Ils durent se séparer en proie à une terrible
épouvante, bien que chacun d’eux emportât au fond de lui une
prodigieuse et indéracinable pensée. Et si le Maître avait pu voir
sa propre image à la veille du supplice, aurait-il pu Lui-même
marcher au crucifiement et à la mort comme Il le fit? C’est encore
une question qui vous vient involontairement à l’esprit quand vous
regardez ce tableau.
»
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